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Quatre étoiles

Critique

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Un luxe affligeant

Associez un beau casting avec une Isabelle Carré en contre-emploi à un réalisateur célèbre pour ses finesses psychologiques. Jetez les sous le soleil de la Côte d'azur pour un film inspiré de la comédie américaine. Et vous obtenez un ensemble au mieux plat, au pire prétentieux.

Certes, il y a le Carlton, le bleu du ciel, la Riviera... La décapotable de Franssou (Isabelle Carré), les grands airs de Stéphane (José Garcia), la piscine de René (François Cluzet)... Et puis surtout, en amont, il y a ce nom, « Christian Vincent », en gage de plaisir : Christian Vincent maître ès manipulations des sentiments, désoeuvrements urbains chics, affabulations en tout genre, qui depuis La Discrète (1990) nous donne envie de croire qu'il connaît nos valses-hésitations, qu'il y dépose son regard bienveillant. Sans doute a-t-il toutefois ressenti le besoin de se détacher de cette image et de ce genre : «Après La Séparation, j'ai traversé une espèce de crise où tout me pesait : l'écriture, le tournage. Je me demandais « A quoi bon faire tout ça ? ». Je ne me sentais pas à ma place. » C'est donc de cette lassitude qu'est née Quatre étoiles, inspiré des films de Lubitsch, des comédies américaines des années 50, du glamour façon Grace Kelly et Cary Grant dans La Main au Collet, jolie tentation... Péché d'orgueil. Car jamais Quatre étoiles ne se dégage de sa maladresse, de cette grossièreté, de cette impression de tartufferie généralisée dont il est censé se moquer. Et c'est l'arroseur arrosé.

Il n'est question que de moquerie : l'accablante Franssou (d'où diable est-il possible de donner à rêver avec un tel prénom ?), corps de rêve et cervelle d'oiseau, se moque des 50 000 euros dont elle vient d'hériter, se moque de son fiancé qu'elle plante à Paris sans un mot, se moque du pauvre René qu'elle tente de piéger afin de plaire à Stéphane, l'escroc asexué. On n'y croit pas. On ne rêve pas. Jamais ne nous est communiqué le désir de jouer avec eux les voleurs de la Côte, jamais ne nous est diffusée la peur que ces deux-là soient démasqués ou séparés... A tel point que l'arrivée de René, le champion de F1 bêta et richissime, agit comme une bouffée d'air frais, tant le jeu qui opère entre Franssou et Stéphane - soit la première moitié du film ! - est indigeste. Mais las ! Malgré la performance de l'excellent François Cluzet, émouvant de tant de sincérité, la magie ne prend pas : Franssou préfèrera retrouver les bras (violents) de Stéphane et les intrigues sans charme.

L'idée de départ était bonne, pourtant : donner à une « Amélie Poulain » quelques jours de glamour et un air canaille. Le cadre aussi donnait, par définition, à rêver. Le résultat est prétentieux et raté. N'est pas Hitchcock ou Lubitsch qui veut. Il aurait fallu inventer ou se fixer sur un style en particulier : le thriller, le marivaudage, la comédie romantique emportée. Ici, à tout vouloir prendre sans rien caresser, la narration se perd dans son clinquant décor. Et l'on se prend à rêver de conviction, de sentiments et d'harmonie, très fort.

Quatre étoiles
Un film de Christian Vincent
Avec : José Garcia, Isabelle Carré, François Cluzet, Luis Rego, Michel Vuillermoz, Jean-Paul Bonnaire
Sortie en salles : 3 mai 2006

[Illustrations : © Mars Distribution]

Sophie Berdah