Old Low Light de Kathryn Williams

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Sereine Williams

"Old Low Light", troisième album de Kathryn Williams et successeur du magnifique "Little Black Numbers", confirme le talent rare de son auteur. Dans la lignée de Nick Drake ou Sandy Denny, la jeune anglaise y livre un folk intime et pudique. Entre les douces larmes du chagrin et les murmures du bonheur, l'espace est infime. La musique de Kathryn Williams s'y déploie et atteint les sommets d'un art délicieusement mélancolique.
Rouquine, un peu boulotte, Kathryn Williams est souvent présentée comme une jeune femme timide et modeste. Rien d'une rock star. Elle ressemble davantage à notre voisine de palier, souriante, un peu effacée. On pourrait très bien croiser la jeune anglaise sans lui prêter attention, sans même l'apercevoir. Il en est de même de son œuvre déjà riche pourtant de deux petites merveilles de folk intimiste. Mais, ce serait se priver du plaisir rare de plonger inlassablement dans une musique décidément très proche de l'œuvre lente et délavée d'Edward Hopper.

Kathryn Williams compose très certainement depuis sa chambre que l'on devine pas vraiment différente de la nôtre. Juste la porte d'en face. Pourtant, sa musique offre une vue merveilleuse sur tout un monde baigné par la douce lumière des fins d'après-midi. Des lignes apaisées, des couleurs simples et douces, mais aussi des ombres, des absences, des vides. Et, lentement, Old low light déverse son infini rideau de pluie, déroule sa crue transparente. L'imagination des arrangements, exquises étoffes aux froissures gracieuses, en font toutefois un disque lumineux, aérien, un défi aux pesanteurs, et aux banalités.

Certes, l'écriture introspective s'attache à rendre les fracas intimes et les fêlures de l'âme mais elle ne cède jamais à la fange cafardeuse des humiliations ressassées ou de la rancune vindicative. Bien au contraire, la musique de Kathryn Williams réussit à être le miroir du sort humain, le reflet détaillé des jours ordinaires et des petites vies, la peinture de l'âme. La jeune Anglaise sait comment toucher au cœur avec trois fois rien : quelques notes de piano, un subtil changement de ton, une contrebasse suave aux intonations tout à la fois folk et jazzy, la brume pénétrante d'une voix qui le dispute en grâce à une écriture élégante et pudique.

Il y a dans la musique de Kathryn Williams du silence et de l'espace, un rien de tristesse. Le moindre tremblement intime se transmet dans le chant tout en confidence. Le moindre frémissement entraîne la musique dans de tendres ondoiements. Si, comme l'écrivait Hugo, « la mélancolie c'est le bonheur d'être triste », alors, Old low light est divinement mélancolique.

Le disque s'arrête. L'esprit encore cotonneux, on quitte à regret l'appartement de la jeune anglaise. On s'y est senti bien, curieusement réconforté et l'on sait déjà que l'on retournera chez cette amie. On se rappelle ses paroles si justes sur les amours perdues, retrouvées, toujours difficiles, l'évocation pudique de la disparition d'un être cher. A l'image de son auteur, la musique de Kathryn Williams, modeste, n'a d'autre aspiration que d'être le compagnon discret de ces après midi d'hiver. Comme hier et comme demain, Old low light cède à nos cœurs son inépuisable et libre simplicité.

Marc Sauvaud Le 10 February 2003

Sur le web : - Le site www.kathrynwilliams.net. - Agenda : Kathryn Williams en concert le 12 mars 2003 dans le cadre du festival d'Aden.