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PC
Première œuvre d'un collectif de développeurs anonymes, Victi est un jeu qui ne pense qu'à lui-même, laissant le joueur hors de sa propre expérience et le malmenant de bout en bout. Est-il bon ? Je ne sais pas. Est-il intéressant ? Oh que oui.
Aveu d'un chroniqueur tourmenté
Autant être franc avec vous, je n'ai pas fini Victi. Comme 90% des gens qui l'ont acheté, j'ai fini par abandonner. Les thèmes abordés, les rigidités assumées de game-design et autres difficultés titanesques ont eu raison de mon éthique journalistique. Et pourtant je m'en fiche. En effet, je ne compte pas vous inciter à aimer Victi ou à le conspuer. Je vais juste vous expliquer comment et pourquoi il m'a noué les tripes, il m'a violenté, il m'a abattu.
Sous couverts d'un univers graphique travaillé entre Sin City et Renaissance, le jeu impressionne. Par ses longues lignes de fuite, ses architectures travaillées et ses tableaux torturés, Victi fatigue l'œil. Et il continue de l'agresser à coup de chaussures crantées avec un aliasing et une compression vidéo infecte assumés. En effet, le but de Freegamer est de nous plonger au fond d'un univers nauséeux, infect, mais aseptisé. En apparence seulement.

Dis-moi lequel de tes frères tu extermines, je te dirai qui tu es.
J'ai suivi avec intérêt l'histoire de cet être qui, après avoir abattu ses frères sans vrai but, se voit contraint d'errer dans la forteresse qui lui sert d'habitation, en tentant de la quitter, tant bien que mal. Chaque pièce recèle des pièges qui tueront notre ami à la première occasion. Et c'est là qu'on touche au coeur de Victi : tout y est fait pour dégoûter le joueur du soft. Le jeu est partagé en trois actes, trois actes où on ne peut pas sauvegarder et où la mort ne sera qu'un prétexte à recommencer au début de l'acte. Rude, qu'on vous dit.
De plus, la maniabilité du jeu est assez raide, le rythme est cassé et cassant, et les énigmes sont différentes dans leur approche logique de tout ce qu'on a vu avant. Les thèmes abordés ne mettent pas à l'aise, et pour peu que l'on réussisse à décrypter les dialogues énigmatiques, la violence morale n'en devient que plus forte.
Là où on met une conclusion. Normalement.
Difficile pour moi de donner un avis objectif sur Victi. Le soft est une saloperie viscérale qui vous bouffera une partie des tripes et pourtant, l'envie d'y revenir - ne serait-ce que pour les excellentes idées de mise en scène de l'acte trois - se fait plus forte, jusqu'au dégoût. Et pourtant, je me dois de vous prévenir : Vos treize euros ne vous seront pas remboursés, et vous ne serez peut-être jamais pleinement satisfait. Mais l'expérience est tellement rare qu'à mon humble avis elle mérite d'être tentée pour toute personne n'ayant pas peur du nouveau. Et du méchant. Et du sale aussi. Et peut-être aussi de ce plaisir coupable d'assister à la fin la moins conventionnelle que je n'ai jamais vu dans un jeu vidéo.
Victi c'est oser, au risque de se sentir un peu con, parfois.

Victi : Blood Bitterness
Edité par Freegamer
Sur PC
Sortie : mars 2006
Sur le web :
- Victi sur le site de Freegamer