| . | Entretien avec Rémi Bezançon |
| . | Entretien avec Albert Serra |
| . | Entretien avec Rachida Brakni |
| . | Entretien avec George Clooney |
| . | Entretien avec John Hurt |
| . | Toutes les interviews ciné |
| . | Le Premier jour du reste de ta vie |
| . | L'Incroyable Hulk (Hulk 2) |
| . | Souvenir |
| . | Mad Money |
| . | Wanted : choisis ton destin |
| . | Toutes les critiques ciné |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Super héros et cinéma |
| . | Cinéma et Rock'n'roll |
| . | Tous les dossiers ciné |



Magnifique pour les yeux, Les Filles du botaniste oublie parfois de l'être pour l'esprit. Les inconditionnels de la composition, de l'éclairage, de la photo, l'engloutiront à n'en pas douter comme un régal de chaque instant. Quant aux goûteurs plus exigeants, ils devront tenir jusqu'à la fin pour trouver la justification de ce splendide gâteau qui manque un brin de consistance.
Trop beau
La splendide verdure vietnamienne, les étendues d'eau calme, cette brume qui semble ne jamais se lever... Les Filles du botaniste s'affirme dès ses premiers plans comme un film-album, c'est-à-dire très beau, soigné, précautionneusement cadré et éclairé. Magnifique, donc. Trop ? Le cinéma asiatique, fidèle aux cultures esthètes du continent, regorge de ces réalisations quasi photographiques, où chaque plan est à contempler. Un vrai bonheur pour les yeux souvent, comme ici indéniablement. Mais un bonheur qui parfois se mord la queue, malheureusement. Car il ne suffit pas d'inonder l'écran d'images léchées et de jouer à fond la carte du contemplatif. Encore faut-il dans le même temps savoir nourrir la jolie forme par un vrai fond. Et ne pas reléguer le propos au second plan.
Idylle bancale
C'est là que le bât blesse. Daï Sijie ne parvient pas à nous entraîner dans son histoire. La beauté des deux comédiennes, et notamment de la sublime Mylène Jampanoï (aperçue dans Les rivières pourpre 2, une autre production EuropaCorp, et 36 Quai des Orfèvres), ne suffit pas tout à fait. Est-ce lié à la qualité de leur interprétation ou à un scénario imparfait ? Ce dernier, sans doute, est premier en cause. L'évolution des rapports entre les deux jeunes femmes, surtout, est à peine perceptible. Résultat, leur idylle semble soudaine, presque incongrue, et si sensuelle soit-elle, peine à convaincre. Il y a bien quelques regards annonciateurs, un geste ou deux, mais qui ne sonnent pas justes, presque forcés. Sur le même sujet, My summer of love (Pawel Pawlikowski, 2005) était plus habile à laisser progresser l'intensité d'une passion « adulescente » où les amies glissaient naturellement vers le statut d'amantes.
Une fin touchée par la grâce
Dommage aussi que les personnages masculins se trouvent réduits au rôle d'épouvantails caricaturaux. On se prend ainsi à rêver de ces mêmes plans composés à l'extrême, de cette étourdissante précision picturale, dans une version alternative qui serait dénuée de clichés. Et voilà que, comme la providence, arrive la conclusion. Brutale, inattendue, poignante, la fin fait mouche en durcissant le trait. Sans s'effacer, la poésie reprend alors sa place, en appui du sens qu'elle ne précède plus, apportant au propos ampleur et émotion juste. Dans ces dernières minutes l'équilibre s'impose enfin. Brusquement consistant en plus d'être beau, le film atteint in extremis une sorte d'état de grâce qui compense les imperfections relevées et justifie, accessoirement, le déplacement.

Les Filles du botaniste
Un film de Dai Sijie
Chine/France, 2006 - 1h45
Avec : Mylène Jampanoï, Li Xiao-Ran, Fu Lin Dong et Wang Wei-Guang
Sortie en salles : le 26 avril 2006
[Illustrations : © EuropaCorp Distribution]