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Après le Munch de Peter Watkins, Raoul Ruiz sort un film qui porte le nom du premier des Sécessionnistes : Klimt. Sur l'affiche, la typographie Art Nouveau des cinq lettres suffit à faire signe et transporte le spectateur vers ce qu'il croit être une biographie du peintre des femmes rousses, de la frise Beethoven et des volutes rouge et or. Las.
Raoul Ruiz se défend d'ailleurs d'avoir réalisé un « biopic » réaliste : le scénario de ce que le réalisateur définit comme une « fantaisie fantasmagorique » s'inspire plutôt des écrits d'Arthur Schnitzler. Le cinéaste puise chez cet autre Autrichien de renom « un mélange du réel et du rêve, du quotidien et de la folie, les jeux de miroirs, de manège, de carrousel ». Effectivement, ça tourne pas mal chez Raoul Ruiz. Il réussit même à donner le tournis, voire la nausée, dès le générique.
Pelures d'oignon
L'univers esthétique et plastique de Klimt se retrouve pourtant bel et bien à l'écran. Ruiz sait jouer en effet avec les ressorts du rêve, du fantasme, de l'imagination. Les meubles bougent d'un plan à l'autre, les femmes se retrouvent de Vienne à Paris, voire se démultiplient ou se transforment dans une même pièce. Le réalisateur fait danser les images, en superpose les transparences. Certaines scènes sont ainsi composées comme les toiles du peintre et parviennent à plonger le spectateur dans cette étrange apesanteur des corps et des chevelures. Ces jeux de miroirs trouvent un écho dans la bande sonore, parfois éclatée, réfractée dans les trois dimensions de la salle. Mais cette débauche de signes oniriques semble vaine, à l'image des travaux pratiques que le réalisateur fait exécuter à John Malkovich pour signifier la création (coller des feuilles d'or sur une toile, laver ses pinceaux pendant que des modèles blondes et nues gloussent en fumant des cigarettes, faire couler de l'eau sur un miroir brisé...). Ruiz fait le choix d'un « Klimt à femmes », mais il se perd dans l'évocation sans érotisme de la relation fantasmée du peintre avec une Française (Veronica Ferres), mi-poule de luxe mi-muse aristocrate.
Pour résumer son film, Raoul Ruiz a recours à la métaphore inédite de l'oignon : « des feuilles très fines, des pellicules qui forment une figure sphérique ; cet oignon relève nos salades mentales et surtout, je l'espère, fait pleurer ». Soit. Quand on voit ce que Ruiz fait d'Egon Schiele dès la deuxième séquence du film - pantin ridicule campé par Nicolai Kinski, sorte d'Edward aux mains d'argent qui s'échine à tricoter l'air de ses longs doigts d'insecte et roule des yeux comme un reptile -, on a plutôt envie de rire. A la quinzième minute, le film se discrédite tout entier rien que par cette horripilante caricature de certains portraits.

Klimt
Un film de Raoul Ruiz
Avec : John Malkovich, Veronica Ferres, Saffron Burrows, Nicolaï Kinski
Sortie en salles : le 26 avril 2006
N.B. : le film qui sort en France est la version longue voulue par Raoul Ruiz.
[Illustrations : © Gémini Films]