La Cinémathèque française est aux couleurs de l'Espagne et accueille en grandes pompes Pedro Almodóvar. Une rétrospective, une carte blanche et, surtout, une expo, consacrée au cinéaste et à son œuvre. Elaborée avec son active participation, elle rassemble éléments plastiques, cinématographiques et sonores. Plongée profonde dans le monde selon Pedro, coloré et contrasté, débridé et plein d'humanité.


- Lire la chronique du film Volver (2006)

Les origines, Madrid, le corps, la figure humaine, la culture pop, l'écrit, et enfin la vie spectacle : ainsi se déclinent les sept espaces de l'expo, à travers ces quelques thèmes qui semblent évidents pour parler d'Almodóvar. Ce qui l'est moins, c'est le pourquoi, le comment : d'où viennent ses obsessions, ses inspirations, comment elles s'articulent pour faire naître une oeuvre.
Dans tous les espaces, un mélange d'images - photos de tournage, clichés du et/ou par le cinéaste - de tableaux, d'objets, et d'extraits de ses œuvres. Partout des écrans, qui diffusent donc des bouts de films, entrecoupés de paroles du cinéaste. Il accompagne ainsi la visite, explicitant de manière presque intime ses choix esthétiques ou dramatiques par ses goûts, son histoire propre, par le hasard aussi, ou ce qu'il appelle l'instinct. Et distille du sens dans ce parcours déroutant.

Les femmes d'abord. Almodóvar est sans doute le cinéaste qui parle le mieux des femmes. Pourquoi sont-elles prépondérantes dans son cinéma ? Parce que, par leur sensibilité et leur naturel, l'importance de leurs émotions et de leurs réactions, elles font de meilleurs moteurs d'intrigues. Les 650 m2 de l'expo constituent ainsi une magnifique galerie de portraits des femmes qui peuplent son œuvre.
La couleur aussi. On entre par une pièce saturée de rouge, murs, sol et plafond. Sur les murs, des clichés rétro-éclairés tirés des films d'Almodóvar, dont le fil conducteur est ce rouge, toujours symbole d'une notion forte. Il esquisse une explication pour ses choix chromatiques - qui n'ont rien de culturels - avec une anecdote sur sa mère. Elle qui a dû porter le deuil de 3 à 30 ans, elle aurait conçu un être qui allait la « venger » de tant d'obscurité et faire de la couleur un leitmotiv.

Aux origines d'une oeuvre
On apprend ainsi de la bouche du cinéaste le pourquoi de ses obsessions, de ce qui nourrit son œuvre et fait d'elle ce qu'elle est. L'équilibre est trouvé entre une parole distante et une confession trop intime. On pénètre aussi dans ses souvenirs d'enfance : quelques photos de famille, et des objets : sa caméra Super 8, un album de collection de vieux portraits d'acteurs, ses premiers écrits. Tout au long du parcours, les objets qui meublent ses films, un côté bazar, une débauche de couleurs et de styles.
Au côté de ses idoles féminines, omniprésentes, émergent des idoles cachées, des modèles fondateurs pour le cinéaste : des œuvres de Cocteau, Matisse, Mapplethorpe, Miró, Bacon nous emmènent plus avant dans la compréhension de son univers.

Univers équivoque
Un univers qui est tout sauf lisse. L'équivoque l'emporte, entre la beauté des visages - toujours filmés en gros plan - et leur laideur lorsqu'ils sont défaits, des corps sensuels ou meurtris, des personnalités exubérantes ou introverties - que symbolise très bien la figure du travesti dans ses films, entre déguisement et dévoilement - la vie spectacle et une sincérité touchante.

L'expo Pedro Almodóvar est aussi l'occasion de revivre quelques grands moments de sa filmographie, comme cet instant de grâce de Parle avec elle, le concert de Caetano Veloso, ou d'écouter ses chansons d'amour préférées. Jusqu'à la sortie, où l'on découvre un extrait de son prochain film, comme une promesse. Volver, revenir.

Vanina Arrighi de Casanova




Sur flu :
- L'expo en images
- Chronique de Tout sur ma mère
- Chronique de Parle avec elle
- Chronique de La Mauvaise éducation
- La bande annonce de Volver

- Tags : Pedro Almodóvar, Cinémathèque française
Sur le web :
Le site de la Cinémathèque française


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