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Italia Nova : futurisme et classicisme au XXe

Italie vive


Italia Nova : futurisme et classicisme au XXe


Expo au Grand Palais jusqu'au 3 juillet

Mettre en lumière les courants artistiques italiens de la première moitié du XXe siècle (en premier lieu, les extrêmes futurisme et classicisme), c'est la volonté affichée par la réunion des musées nationaux et trois musées italiens. Un ensemble dense.

Vaste rétrospective consacrée à l'art italien du début du siècle, Italia Nova réunit 120 œuvres issues de musées italiens et collections particulières. Son objet, la mise en lumière de tous les courants significatifs de cette époque, et du sang neuf qui allait irriguer l'art italien. Futurisme, peinture métaphysique (Metafisica, en italien dans le texte), réalisme magique, Novecento et tabula rasa s'y partagent donc la vedette. Dans chaque salle, un univers différent.

Le parcours s'ouvre sur Elisa à la porte. Une œuvre de 1904, signée Ballà au fusain et pastel, comme une invite à entrer dans le siècle nouveau. D'abord, le futurisme au début des années 20. On fait table rase des traditions du XIXe siècle et puise son inspiration dans la ville, la foulée agitée, les chantiers, les tramways. Formes, couleurs pleines d'éclats, proches de l'abstraction géométrique et du cubisme. Ballà fait l'éloge du mouvement dans La main du violoniste décuplée ou Vitesse automobile.
Il jette, avec d'autres, les bases - philosophiques et plastiques - du mouvement dans plusieurs manifestes. En 1910, avec Boccioni, Russolo ou Severini, ils s'adressent ainsi aux jeunes artistes d'Italie : « Nous nous insurgeons devant l'admiration grégaire des vieux tableaux, des vieilles statues et des objets anciens (...) et nous estimons injuste, criminel le dédain pour tout ce qui est jeune, nouveau, vibrant de vie. » Et, en 1915 : « Nous trouverons les équivalents abstraits pour toutes les formes et éléments de l'univers. » On en trouve une illustration parfaite dans la section intitulée Splendeur géométrico-mécanique et sensibilité numérique (sic).

Retour aux maîtres anciens
La section métaphysique fait la part belle à De Chirico, de retour au Grand Palais, quelques mois après l'exposition consacrée à la Mélancolie. La mélancolie, toujours, dans sa Matinée angoissante notamment. Parallèlement, l'art italien voit un retour aux maîtres anciens et l'attachement à la figuration. Le réalisme magique est aussi empreint d'une mélancolie certaine. Des individus solitaires malgré leur présence dans le groupe, une ambiance foraine un peu triste, des écoliers inquiétants chez Felice Casorati, les portraits troublants, intenses de Sironi et des artistes soucieux du renouveau classique.
On quitte l'écrin gris métal du rez de chaussée pour une salle claire, douce, et les natures mortes presque animées de Morandi, leur poésie du quotidien. Dernier changement d'ambiance avec la section finale, Tabula rasa. Brute, âpre, sobre, notamment composée de plusieurs monochromes au relief craquelé.
L'exposition est riche, dense, mais décousue. En voulant embrasser un si large pan de l'histoire de l'art, sans doute pêche-t-elle par excès, tout en n'évoquant que très brièvement les années noires du fascisme et la récupération partielle du mouvement par le régime mussolinien.

Italia Nova
Au Grand Palais jusqu'au 3 juillet, tous les jours sauf le mardi.

[Illustrations : © R.M.N.
1 : Cheval + cavalier + immeuble, détail, Boccioni
2 : Elisa à la porte, Balla
3 : Paysage urbain, Sironi
4 : Rotation de ballerines et de perroquets, Depero]

Nedjma Van Egmond