Vingt ans après sa création, la première pièce de Yasmina Reza est reprise au Théâtre Antoine, cette fois dans une mise en scène de Gabriel Garran.

Noire. La boîte est noire comme le tableau d'Art était blanc. L'heure est au noir, on vient d'enterrer le père. Seule lueur, au centre de la scène, sa tombe. Autour de la fosse, dans le jardin - c'est l'endroit qu'il a choisi pour sa dernière demeure - , sont réunis les membres de la famille. Les deux fils, Nathan et Alex, la fille, Edith, le frère, Pierre et sa femme, Julienne. Enfin une invitée surprise, qui n'est manifestement pas la bienvenue pour tous, Elisa.

Entre femmes, assises sur l'herbe, entre hommes autour d'un cigare, ou tous ensemble affairés à l'épluchage des légumes du pot-au-feu, on échange. Souvenirs, impressions, confidences, vacheries parfois, petits riens aussi. Conversations après un enterrement est la première pièce de Yasmina Reza. A 27 ans, celle qui était comédienne devenait donc auteur, en 1987, avec les encouragements fervents de Gabriel Garran. Au Théâtre Paris-Villette, la pièce était alors mise en scène par Patrice Kerbrat et Yasmina Reza recevait grâce à elle le Molière du meilleur auteur de langue française, avant de faire la carrière que l'on sait (outre le célébrissime Art, on lui doit notamment au théâtre Une pièce espagnole).

Personnages convenus
Vingt ans plus tard, l'œuvre ressort donc des tiroirs. Dans la distribution, on retrouve Jean-Michel Dupuis. A l'origine endossant le costume d'Alex, il est maintenant Nathan. Josiane Stoleru, alors Edith, campe aujourd'hui Julienne.

Ce qui a changé depuis ? Disons que le texte a... vieilli. Dans ces petits règlements de compte en famille, rien que de très convenu. Et d'abord le propos : « ce-serait-le-jour-où-on-se-dirait-tout », à la lueur de la disparition du patriarche.
Ensuite les situations et les personnages. La grande sœur qui peine à se caser (Mireille Perrier), la belle partagée entre deux frères (Serge Hazanavicius et Jean-Michel Dupuis), la tante un peu nunuche et l'oncle bienveillant (Bernard Verley) qui évolue entre grande sagesse et joyeuse moquerie.

Enfin, la mise en scène. C'est Gabriel Garran qui, en grand fan de Reza, la signe cette fois. Plutôt platement. Il évoque « l'exacerbé qui en quelques heures va de l'extinction à la libération irrépressible des pulsions » et cite rien moins que Tchekhov et Woody Allen. Mais même si on assiste au tout sans déplaisir, en souriant parfois, on ne trouvera là ni la profondeur tragique de l'un ni l'humour de l'autre.

Yasmina Reza
Conversation après enterrement
Mise en scène par Gabriel Garran (photo)
Avec : Jean-Michel Dupuis, Josiane Stoleru, Mireille Perrier, Serge Hazanavicius, Bernard Verley
Au Théâtre Antoine, jusqu'à la fin du mois de juin.

Nedjma Van Egmond



Sur Flu :
- Lire l'entretien avec Gabriel Garran réalisé en 2003.

Sur le web :
- le site du Théâtre Antoine



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