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Premier film étonnant, Un Ano sin Amor est l'adaptation d'un roman autobiographique. Un poète séropositif y décrit sa vie dans les années 90, entre tri-thérapie et passion pour le fétichisme. Mis en scène par une femme étrangère à ce petit milieu, le film s'approche au plus près de cette frontière floue entre le corps et l'âme : le désir. Et nous révèle la grâce en plein coeur des backrooms. Un miracle?
En 1996, à Buenos Aires, Pablo est un jeune poète qui vient d'apprendre sa séropositivité. La tri-thérapie venant de faire son apparition, il refuse tout d'abord l'absorption massive de médicaments, puis s'y résout progressivement. Devant cette remise en cause profonde, il commence à écrire un journal, où il évoque tous ses désirs et ses peurs, et décide d'aller au bout de ses fantasmes, qui se révèlent plutôt SM. C'est à la période d'écriture du roman que s'attache ce premier film d'Anahi Berneri (qui ne nous dit rien du grand succès qu'il connaîtra à sa sortie en librairie), « biopic » non pas d'un héros, ni d'une star, mais d'un homme dont le parcours personnel reflète bien malgré lui son époque. Ce qui frappe immédiatement à la vision d'Un año sin amor, c'est à quel point le film ne tombe dans aucun des clichés - pourtant nombreux - attendus avec un sujet pareil : le poète (pose de l'homme qui réfléchit un stylo à la main), le séropositif (pose de la souffrance d'une génération), l'homosexuel (gravure de magazine spécialisé) et surtout le fétichiste (cuir, sueur, râles).
Le portrait d'une époque
Sans aller jusqu'à théoriser sur le regard forcément original d'une femme sur l'homosexualité masculine, la cinéaste ne prétend jamais se mettre dans la peau de son personnage. Son regard l'accompagne dans ses explorations comme un passager clandestin et embarque le spectateur au passage. De ce sujet à haute teneur en idées préconçues, la cinéaste tire en effet un portrait plein d'attention, à la fois frontal et tendre, d'un homme en quête de son propre désir. Avec sa vie solitaire et monotone, qui se partage entre des cours de français donnés à une étudiante, des tests à l'hôpital et des discussions avec de rares amis, Pablo devait un jour ou l'autre en venir à s'interroger sur ce qui le pousse à vivre. La maladie semble ainsi n'être qu'un accélérateur, le poussant à révéler plus tôt un désir de cuir et de douleur. Si le film évoque toute une période, les années 90 avec les premiers traitements contre le VIH et la lutte des milieux gays pour continuer à exister malgré les morts qui se multipliaient, la plongée de Pablo dans le fétichisme vient idéalement contrebalancer un état des lieux forcément trop général. Du portrait d'une époque à celui d'une pratique minoritaire, Un año sin amor trouve un équilibre parfait grâce à ce centre de gravité bouleversant qu'est Pablo, un personnage finalement assez opaque.
Parfaite illustration du poète au travail, le film projette son personnage dans des univers qu'il transfigure (l'hôpital et le club). Ainsi les scènes de sado-masochisme sont filmées de manière quasi documentaire, caméra à l'épaule dans une lumière rouge et noire, fascinante plongée dans un lieu rendu à la fois proche, ultra-réel et stylisé. A l'opposé, lorsque Pablo invite dans sa propre chambre l'objet de ses fantasmes, un dominateur SM qui vit encore chez ses parents, la représentation se fait bien plus directe, fragile et touchante. La mise en scène de ce jeu vole en éclat, même si les règles sont toujours présentes. C'est de cette cohabitation des représentations que le film tire sa justesse et sa profondeur. Du quotidien au fantasme, de la représentation à la sensation, il n'y a qu'un pas que le désir franchit en un instant. Objet central du film, c'est bien à la force vitale du désir que nous renvoie sans cesse Un año sin amor, comme toute histoire d'amour qui se respecte. Avec pour seule différence que la ceinture du prince charmant se trouve ici avoir plusieurs usages. Eloge toujours utile de l'inventivité...

Un año sin amor
Un film de Anahi Berneri
Argentine, 2005 - 1h42
Avec : Juan Minujín, Mimí Ardú, Carlos Echevarría, Bárbara Lombardo
Sorties en salles (France) : 19 avril 2006
[Illustrations : © Epicentre Films]