Issu de plus de 10 ans d'une lignée prestigieuse, Oblivion se présentait comme le Graal du RPG. Le fantasme grandissait au fur et à mesure que sa sortie était retardée. Quel scénario-fleuve nous réservait-on encore, serti dans la parure flamboyante des performances techniques ? Combien de vies sociales ce jeu allait-il ruiner ? Extirpé de mon repaire à coup de gaz lacrymogène, je me résouds enfin à écrire, la larme à l'œil.
Pourquoi MOI ?
Quatre murs de pierre sales, voici où tout débute. Incarcéré pour une raison inconnue, vous croupissez dans les geôles de la capitale. Puis tout se précipite, car l'Empereur déboule dans votre coquette chambrette, essayant d'échapper à des assassins par un passage secret. Et il vous reconnaît. Vous êtiez celui de ses rêves. Oui, dit comme ça, c'est sale. Non, vous êtes son sauveur, même s'il sait qu'il doit mourir. Tout cela est très confus, mais on se fait quand même entraîner dans cette cavalcade. L'Empereur Uriel Septim se fera éliminer sous vos yeux, impuissant, et il vous chargera d'une lourde tâche, retrouver son dernier héritier. Sans trop vous en dire, je glisserai juste que si le jeu s'appelle « Oblivion », c'est simplement parce que de multiples portes vont s'ouvrir entre votre réalité et l'enfer. Un viel ami de l'Empereur a bien envie de profiter du chaos pour reprendre sa place sur terre. Avec les intérêts.
Pendant l'introduction du jeu se déroulent le tutoriel, puis, au sortir des souterrains, c'est la lumière qui vous crève les yeux. Face à vous, des plaines à perte de vue, des étendues d'eau miroitante. Vous êtes terriblement libre.
Adieu vie sociale
Vous pouvez choisir de suivre la trame principale ou bien vous investir dans l'une des quêtes annexes qui s'offrent à vous. Vous rejoindrez probablement une des guildes afin d'assurer votre réputation. Je ne vous le cache pas, Oblivion recèle le même virus que certains jeux du même tonneau, Morrowind par exemple : le « Allez plus qu'une ».
Les quêtes ont une durée moyenne de 30 minutes, un délai parfait pour un engrenage implacable. On fait le coursier pour une auberge, on doit rayer de la carte la guilde rivale, éliminer un nid de Vampires ou ramasser des fleurs. Tout est prétexte à une quête. Oblivion crée des failles temporelles dans votre vie, de celles qui vous propulsent en un tour de main, de 21h en 5h du matin.
Je de personnage secondaire. Je de pas compris.
Les heures passant, les guildes sont quasiment toutes sous votre coupe, le scénario suit son cours, à votre gré. Votre armement ferait blêmir un Panzer et votre magie fait passer celle de vos rivaux pour des tours de Garcimore. Pourtant, ce n'est pas sans mal.
Une nouvelle technologie utilisée dans Oblivion, nommée « IA radiante » permet aux personnages vous entourant d'agir en fonction de leur environnement et des heures de la journée. Sur le papier c'est très beau, mais en pratique, on est plongé dans une profonde stupéfaction. Imaginez un peu : vos alliés, des gens très aimables, se disent bonjour en pleines catacombes alors que vous traquez un Nécromancien, puis, leurs désirs masochistes les poussent à se placer entre votre épée et votre ennemi. Réveillez quelqu'un en pleine nuit pour discuter, il ira trouver un autre lit à proximité, mais pas forcément le sien. Cest tout de même un peu glauque comme situation, lorsque vous vous trouvez dans un dortoir de Gardes Impériaux. Invariablement, après quelques expériences de ce genre, on travaille seul.
Ces problèmes peuvent être résolus à travers une interface clavier sur pc, mais les utilisateurs de la version Xbox360360 sont bons pour le suicide ou pour l'invention d'insultes inédites.
I'm a poor lonesome héros médiéval
Malgré ces défauts parfois exaspérants, Oblivion s'avère néanmoins autrement moins buggé que Morrowind à sa sortie. Les doublages français, quant à eux, sont très loin des performances de Sean Bean (Boromir - LOTR) ou Patrick Stewart (Pr. Xavier - X-Men) dans la VO. Oblivion est une performance de haute voltige, c'est pour ça aussi qu'il tombe de très haut quand il chute. Mais c'est nous qui avons mal.
Pourtant, le jeu a ce côté magique, véhiculé par son environnement foisonnant, ses villes en perpétuelle activité. Médusé devant la beauté des herbes qui dansent au gré du vent, par les lumières intimistes des intérieurs, on continue à jouer, toujours trop tard dans la nuit. On vous pousse à l'implication, que ce soit en ayant des responsabilités en tant que Chef de guilde, ou en vous octroyant une monture, des logements.
Ceux qui ne connaissaient pas la série des Elder Scrolls entreront de plain-pied dans une aventure qui leur semblera infinie. Les habitués, eux, frémiront en croisant le fer avec des personnages emblématiques, évoqués depuis une dizaine d'années. Daggerfall jouait sur son immensité, Morrowind sur son dépaysement. Oblivion, lui, vous propose de devenir quelqu'un. Allez, en selle, toutes ces quêtes vous attendent. Et n'oubliez pas de fermer les portes des Enfers en partant, ça fait courant d'air.

The Elder Scrolls IV : Oblivion
Développé par Bethesda Softworks
Disponible sur PC et Xbox360
Sortie en France : 24 Mars 2006
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