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Révolte consommée : le mythe de la contre-culture

La fin de l'illusion


Révolte consommée : le mythe de la contre-culture


Edito-sommaire

En quarante ans d'expériences diverses, la contre-culture n'a rien changé d'un système qu'elle croyait renverser. Dans Révolte consommée, Joseph Heath et Andrew Potter dressent le bilan d'un des plus puissant mythe intellectuel de notre époque. Et proposent de réinvestir le champ politique. Interview d'un des auteurs, chronique et quelques exemples d'escroqueries notoires pour en finir avec une illusion.

Sommaire le Mythe de la contre-culture :
Entretien avec Andrew Potter
- Chronique de Révolte consommée
- Shortlist : sept escroqueries de la contre-culture
- un débat : Faut-il être conformiste ?

Quand j'avais seize ans, j'ai réussi à convaincre mes parents de m'acheter une paire de Doc Martens, 500 balles à l'époque. J'écoutais les Pixies et My bloody Valentine (oui oui je suis moins jeune que vous) et j'y trouvais à exprimer une radicalité nouvelle et grisante : les autres, étaient tous des glands qui portaient des derby Eram à 120 francs et écoutaient de la daube. Je me souviens d'une certaine Audrey dont je me suis moqué cent fois avec ses fringues de ringarde et sa musique de blaireau.

Bien sûr j'évitais de remarquer que tout le monde portait (ou voulait porter) des Docs et que certains groupes que j'écoutais n'avaient de subversif que le nom, les plus radicaux d'entre eux étaient surtout parfaitement inaudibles (Current 93), d'ailleurs je ne les écoutais pas vraiment.

Les fringues coûtaient de plus en plus chers et les moutons de la masse que je maudissais étaient surtout des gens qui n'avaient plus les moyens de suivre parce que les connards comme moi surenchérissaient. Le système, la masse, c'étaient les ennemis ; moyennant quoi j'ai dis beaucoup de conneries, renié une partie de mes origines prolos et pas changé grand-chose à pas grand-chose. Dans Révolte consommée, un des plus passionnants essais du moment, Joseph Heath et Andrew Potter démontent brillamment ce mythe de la pseudo-contestation.

Aujourd'hui sur les forums de Flu, certains se demandent comment être de gauche et se prennent la tête sur les possibilités réelles de transformer la société. Quand je lis Hugo qui part explorer le potentiel politique du parti socialiste, quand je lis les fils sur le CPE auxquels participent des centaines de personnes, je me dis que l'utopie contre-culturelle a vécu. Que toute une génération (ou deux ou trois) est peut-être en train de réapprendre la politique, la vraie. Celle qui ne consiste pas à chercher la dernière tendance à la con ou à fantasmer sur le potentiel insurrectionnel des groupes de rock. Celle qui monte des syndicats, interpelle les partis.

Pas sexy ? Pas sûr : dernièrement, j'ai revu Audrey, toujours sapée comme un sac à un débat politique. Elle travaillait à proposer un projet de loi alternatif pour les intermittents avec des élus convaincus. Elle ne m'a pas reconnu.

Daniel de Almeida

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