Mis en scène par Christian Schiaretti au théâtre de la Colline jusqu'au 8 avril
La famille paraît bien être un sujet de prédilection pour le théâtre, à croire que la scène originaire est une scène de ménage. Et lorsque Strindberg s'en mêle, il y a lieu d'attendre une glaciale démonstration du théorème selon lequel la haine est l'affect familial par excellence.
Le capitaine lui aurait peut-être aimé se soustraire à ses obligations familiales : cet esprit éclairé, athée, épris de sciences, de recherche, doit subir dans sa propre demeure une imposante, voire étouffante, présence féminine. Tout d'abord, son épouse Laura, bigote, sa belle-mère, férue de spiritisme, son ancienne nourrice, qui ne l'a jamais quitté depuis son enfance, puritaine baptiste, et sa fille qu'il voudrait sauver de cet environnement pour le moins obscurantiste en l'envoyant à la ville. Mais la mère, bien sûr, s'y oppose fermement.
La lutte peut alors commencer
C'est tout d'abord très drôle : on rit avec ce pauvre Capitaine, contraint de subir les lamentations féminines infinies, on rit aussi des grossiers subterfuges que met en place l'épouse afin de discréditer son mari. Mais très rapidement le ton change : le drame bourgeois, convenu et comique, se métamorphose de manière implacable en véritable tragédie. La grande force de la mise en scène de Christian Schiaretti est de montrer, jusqu'à l'épure, le mécanisme tragique qui conduira à la mort du père.
La scénographie (Renaud de Fontainieu) refuse toute référence naturaliste et construit un espace déréalisé et abstrait où se concentre la lutte infernale du couple. C'est alors chacun des personnages qui s'impose dans toute son évidence : la scène devient ce laboratoire où se dissèque l'engrenage de la haine conjugale. Nada Stancar, qui joue Laura, incarne à la perfection cette mère manipulatrice et dévorante, prête à tout pour garder sa fille auprès d'elle. Mais le père, extraordinaire Johan Leysen, détient officiellement l'autorité sur l'enfant, c'est lui qui décide.
Mais toute la pièce de Strinberg vise à montrer que le pouvoir patriarcal est en lutte constante avec un autre pouvoir, occulte celui-là, pervers et vicieux, incarné par la mère. Le couple est le lieu de cette guerre acide que se livrent entre mari et femme. Et même si l'homme a la loi de son côté, il est l'éternel victime de la folie féminine et maternelle. Père est en quelque sorte l'envers d'Hedda Gabler : un drame domestique qui vire en tragédie dont le masculin sort ruiné.

Père
du 14 mars au 8 avril 2006
d'August Strindberg, mes Christian Schiaretti
Théâtre de la colline (Grand Théâtre)
Plein tarif 26€, le mardi 18€, moins de trente ans 13€
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
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