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Pierre Huyghe : Celebration Park

Chamboule tout


Pierre Huyghe : Celebration Park


Du 10 mars au 23 avril au Musée d'art moderne de la ville de Paris

Avec Celebration Park, Pierre Huyghe brouille les pistes et s'affranchit des repères spatio-temporels traditionnels pour un parcours singulier au musée d'art moderne. A voir jusqu'au 14 mai

Deux expositions aux antipodes pour fêter dignement la réouverture du musée d'art moderne. Au rez-de-chaussée, un jaillissement de couleurs. La vision du bonheur de Pierre Bonnard. A l'étage, le blanc éclatant de Celebration Park. Pierre Huyghe (44 ans), artiste pluriel et inventif, fondateur du collectif « les frères Ripoulin », grand prix du jury à la Biennale de Venise en 2001 bâtit là un parc singulier. Il s'inspire de l'exposition universelle... sur le site même construit pour l'événement international de 1937. Son projet s'est écrit en deux temps. D'abord un prologue, présenté durant le mois de février. Et, depuis le 10 mars, l'exposition à proprement parler.

Portes qui dansent
A l'origine, deux portes blanches, géantes, immobiles, marquaient les limites de l'espace. Ces portes s'animent maintenant dans un ballet incroyable, rythmées par une bande-son qui alterne mélodies et bruitages. Placées sur des rails semblables à des vagues et reliés au plafond, elles forment une chorégraphie. Elles tournent, virevoltent à côté de nous, traversent toute l'immense pièce blanche. Et restructurent l'espace. A l'autre bout de la pièce, deux autres portes, sorties de leurs gonds, reposent contre un mur.
Tout au long du parcours, des dénis en lettres aux néons. Capitales. « Je ne possède pas le musée d'art moderne ni l'étoile noire », « I do not own snow white », « I do not own modern times ».
Autres temps forts du parcours, deux projections. Le film d'animation This is not a time for dreaming est une étonnante mise en abyme. Face à un public, un spectacle de marionnettes représente l'architecte Le Corbusier en pleine conception d'un bâtiment et face à la réalisation de la commande. Qui manipule qui ?

Odyssée
Le second film, A journey that wasn't (un voyage qui n'en était pas un) retrace une expédition de l'artiste en février 2005 sur une mer de glace ondulée. Dans un voilier, Huyghe et son équipe s'étaient mis en quête d'un ailleurs improbable « qu'une créature unique habiterait ». Face à nous, l'écran. Sur la gauche, une fenêtre laisse voir un pingouin... tout blanc. Est-ce lui la créature unique ? L'odyssée aurait permis d'approcher l'utopie ?

Dernière dinguerie touchante, une salle dédiée à la célébration de jours non-fériés. Pierre Huyghe a demandé à des chorégraphes, musiciens et architectes de proposer un autre agencement du temps. Chacun s'est donc pris à rêver... un huitième jour entre dimanche et lundi, sans sentiments ni routine ; un jour pour les oubliés ; un jour pour l'intelligence animale ; encore un jour pour l'anniversaire de l'art.
Extrait du J.O du 5 juillet 1995 : « Pour le développement des temps improductifs, pour une réflexion sur les temps libres et l'élaboration d'une société sans travail ». Ecrit noir sur blanc, l'objet de l'association des temps libérés, créée en 1995 par Pierre Huyghe.
Les temps libérés, l'espace affranchi, les repères bousculés, le rêve embrassant la réalité tout au long de l'œuvre de l'artiste comme de cette exposition-là. Voilà pourquoi on en sort les idées pas très claires, avec un étrange sentiment de vertige. Et l'impression déroutante de n'avoir pas tout maîtrisé. C'est aussi ça qui vaut le détour...

Pierre Huyghe
Celebration Park
Au musée d'art moderne jusqu'au 14 mai tous les jours sauf le lundi de 10 heures à 18 heures, le mercredi jusqu'à 22 heures. 01-53-67-40-00. Et à la Tate Modern de Londres à partir du 5 juillet.

[Illustrations : Vue de l'exposition Pierre Huyghe Celebration Park. Courtesy MAM ARC © Florian Kleinefenn]

Nedjma Van Egmond