Los Angeles est à l'honneur : sa scène artistique, ses architectes, son cinéma, Le Centre Pompidou propose une rétrospective monstre et inspirée. L'occasion pour Flu de revenir aussi sur la plus puissante machine à fantasmes d'Occident, Hollywood, et de dévoiler un peu de l'envers du décor.

Les artistes angelenos sont des affranchis. Voilà ce qu'on a à l'esprit quand on quitte l'exposition Los Angeles naissance d'une capitale artistique proposée par le Centre Pompidou. Affranchis des postures théoriques de l'East Coast comme du fétichisme de l'œuvre, les Angelenos tâtonnent, expérimentent.. Ou guidés par le désir, ils se jettent parfois à corps perdus (comme Chris Burden) dans d'improbables fictions.

Fiction, mot qui pourrait décrire toute la ville où naquit la putain la plus rentable du siècle ("remember la 20 th century fox" chantée par les Doors). Inépuisable machine à fantasme, LA rejette longtemps à la périphérie de ses préoccupations et au cœur de son centre urbain les problèmes de justice sociale. Dans les années 40, le cinéma de LA et les studios hollywoodiens produisent des films où des femmes fatales croisent des milliardaires, les réalités sociales pouvant au mieux servir d'exotisme. Vingt ans plus tard, le film noir inaugure une veine critique assez radicale qui perdure encore aujourd'hui.
Mais le réel si bien refoulé, explose régulièrement à la gueule d'une ville qui baigne dans l'irréalité. A Watts en août 1965, et à plusieurs endroits de la ville en 1992 après qu'on ait filmé des policiers angelenos en train de tabasser à mort Rodney King.

De LA, on aime retenir l'image d'une ville foutraque et tentaculaire, comme dans Blade Runner : un melting-pot grouillant où l'innovation bat son plein (voir la créativité des architectes de l'exposition Morphosis). Mais c'est peut être là la dernière des fictions. Dans Au-delà de Blade Runner, Mike Davis brise le vieux mythe d'une cité labyrinthique et malodorante et constate une tendance lourde à une urbanisation « ghettoïsante » grâce à laquelle les classes sociales supérieures se retranchent dans de véritables bunkers. Pendant que l'espace urbain se militarise, la machine à rêves continue à produire de la monnaie.

Bienvenue à Los Angeles où tout est possible parce que rien n'est vrai. Mike Davis : « Toute ville américaine est fière de posséder un blason et un slogan officiels. Mais Los Angeles seul, a adopté un cauchemar officiel ».

Sommaire du dossier Los Angeles :
Los Angeles, naissance d'une capitale artistique (expo)
Le cinéma made in Los Angeles (cinema)
Morphosis s'expose à Beaubourg (architecture)
Mike Davis : précis de décomposition urbaine (essai)

Daniel de Almeida



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