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Avec Au-delà de Blade Runner Los Angeles et l'imagination du
désastre, Mike Davis, fait des émeutes de 1992 à Los Angeles
(l'affaire Rodney King) le point nodal de ses analyses d'où partent toute une série de ramifications éclairantes sur le délitement actuel de cette ville. Délitement souhaité, voulu, nourri et alimenté par les différentes strates hiérarchiques du pouvoir. Et ce, quels que soient les décennies. Pourquoi ? Parce qu'« il n'y a aucun espoir de voir les investissements publics augmenter dans le but d'améliorer les conditions sociales... » et qu'il faut donc « consacrer de plus en plus d'argent public et privé à la sécurité des personnes ». Au-delà de Blade Runner reprend la méthode déjà utilisée dans l'indispensable City Of
quartz(1990), à savoir, une méthode atypique mais ô combien
salutaire où s'entrecroisent, se mêlent, s'interrogent : travail d'investigation sur le terrain, nombreuses interviews, et analyses circonstanciées. Pour, au final, présenter un essai qui tient à la fois des domaines sociologique, urbanistique, politique et économique.Le retranchement des classes sociales
La question qui hante Mike Davis est celle du Comment : Comment se met en place une politique sécuritaire et comment elle s'entretient ? Pour déplier tout le processus, et entrevoir, derrière tous ces arcanes entremêlés, l'exclusion et la répression à l'œuvre, Mike Davis articule son travail en trois temps.
Premier temps, qui part de l'introduction,où il explique qu'il faut dépasser l'image « d'une cité urbaine
labyrinthique, grouillante et malodorante » dont le film Blade Runner serait le héraut, pour se clore au chapitre six. L'auteur y décrit,avec une cinglante acuité, la ghettoïsation de certains quartiers et le retranchement des classes sociales sur elles-mêmes.
Deuxième temps, le temps fort, la question de la déréalisation de la ville (chapitre 7),titré : « Univers parallèle ». Pour Mike Davis, Los Angeles, ou plutôt son idéalisation, étant devenue le sujet de la simulation et de la caricature, elle est source d'enjeux financiers importants où l'industrie du tourisme culturel, surfant sur le mythe hollywoodien pourtant bien dégradé, fait tourner à plein régime « la machinerie de l'irréalité ». Conséquence immédiate, le réel s'évapore de plus en plus au profit d'une simulation accrue.
Enfin, troisième temps, les trois derniers chapitres, qui montrent les conséquences néfastes déjà à l'oeuvre au milieu de toute cette surenchère sécuritaire : guerre raciale de faible intensité, état californien propriétaire du troisième système pénitentiaire du monde...et, en ligne de mire, un nombre de construction plus importante de cellules que de salles de classe.
Comme le demande un historien américain, cité par Mike Davis, « Sommes-nous arrivés à ce point de renoncement de la réalité de la ville de Los Angeles que nous ayons besoin d'un tel niveau de contrôle social pour tout ce qui se rapproche de l'expérience urbaine ? ». La réponse semble déjà comprise dans la question.
Sommaire du dossier : - Los Angeles, naissance d'une capitale artistique(expo) - Le cinéma made in Los Angeles (cinema) - Morphosis s'expose à Beaubourg (architecture) - Mike Davis : précis de décomposition urbaine (essai)
Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l'imagination du désastre. Traduit de l'anglais par Arnaud Pouillot, Allia, 150 pp., 6,10 €.

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