Au Théâtre de la Madeleine jusqu'au 15 juillet
Première femme à incarner Arnolphe, la metteuse en scène Coline Serreau joue sur la corde comique du classique de Molière, là où Bezace et Arditi privilégiaient le drame intime.
Marcel Maréchal, Jacques Weber, Didier Sandre, Pierre Arditi... Ils se sont tous glissés un jour dans la peau d'Arnolphe. C'est le dernier qu'on retiendra. Arditi qui, sous l'habile direction de Didier Bezace, campait un homme dévasté, dans l'espace réduit au minimum de la Cour d'honneur du Palais des Papes. C'était à Avignon en juillet 2001. A cette lecture sombre du classique de Molière, Coline Serreau a préféré l'humour. La souffrance restant souvent masquée par une attitude grand guignolesque.
Sur la scène du Théâtre de la Madeleine, c'est elle qui incarne le héros de L'école des femmes, comme un aboutissement, à quelque 58 printemps d'une vie vouée au théâtre. « Je répondais toujours, à l'école : je fais du théâtre pour pouvoir jouer le rôle d'Arnolphe », écrit-elle. C'est donc chose faite. Avec un certain naturel, au point qu'on en oublie presque qu'une femme, la première depuis trois siècles et demi, prête ses traits à cette figure du machisme.
L'histoire est connue. Le héros a tout, le savoir et l'argent et, craignant le cocufiage comme le diable, entend s'en protéger. Il s'est ainsi « réservé » une damoiselle pour ses vieux jours, qu'il a pris bien soin d'isoler du reste du monde pour qu'elle soit la plus sotte, et la plus innocente possible. « Du côté de la barbe est la toute-puissance. Bien qu'on soit deux moitiés de la société, ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité : l'une est moitié suprême et l'autre subalterne. »
Quelques mois après les sorties de nos politiques sur Ségolène Royal et autres signes de la misogynie ordinaire, les vers de Molière résonnent étrangement.
Jeunesse fougueuse
Le plan d'avenir de monsieur s'effondrera en quelques minutes face à une jeunesse fougueuse qui refuse l'aliénation et l'enfermement.
Devant l'universalité du thème, la metteuse en scène ne fixe la pièce ni dans un lieu, ni dans une époque. On est juste au théâtre. Seul décor (signé Antoine Fontaine et éclairé par Geneviève Soubirou), de larges pans de tissu cossu, brillant. Au fil de l'avancée du récit, les masses soyeuses et épaisses se transforment en lambeaux effilochés, pour figurer l'effondrement d'un système soigneusement échafaudé par Arnolphe, ainsi que le désastre intérieur du personnage. Même chose pour les costumes, dissymétriques et évolutifs. Lui est paré de rouge et de vert au lever de rideau. D'abord une manche, puis une partie du pantalon, un chapeau... peu à peu la couleur disparaît pour faire place au noir total à la fin de la pièce. Quant à Agnès, elle nous apparaît la première fois tête recouverte, robe grise, immobile, statufiée sur un chariot à roulettes poussé par deux valets. Quelques actes plus tard, elle arborera une robe colorée, chevelure déployée.
Rêve comique
Chez Coline Serreau, c'est la dimension burlesque qui prime, dans un spectacle qu'elle qualifie de « rêve si comique » qui prend forme grâce à certains acteurs talentueux, comme Lolita Chammah, alias Agnès. Le divertissement est rythmé, efficace (la langue de Molière y est quand même pour beaucoup !). Léger aussi, même si celle dont la fibre sociale s'est souvent affichée, sur scène comme au grand écran, tente de ne pas la mettre de côté. Un bémol : les tirades slammées (après Bigard dans Le Bourgeois Gentilhomme, ça devient une mode...) pour faire djeune et punchy étaient largement dispensables.
L'école des femmes
Mis en scène par Coline Serreau
Avec Coline Serreau, Lolita Chammah, Alexis Jacquin, Thomas Derichebourg, Alice Varenne, Daniel Briquet, Frédéric Sauzay, Emmanuel Pierson.
Au Théâtre de la Madeleine, jusqu'au 15 juillet.

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