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Morphosis, l'expo à Beaubourg

(Dé)construction à la californienne


Morphosis, l'expo à Beaubourg


24 projets d'archi jusqu'au 17 juillet

Vingt-quatre projets d'archi, un concept, une agence : Morphosis, basée à Los Angeles, multi-primée et d'envergure internationale. Conçue comme un projet architectural en soi, cette expo monographique, au dispositif original, est trop complexe pour être intelligible du commun des mortels. A l'image de sa cité d'origine ?

Comme sa voisine de la galerie d'à côté (« Los Angeles, naissance d'une capitale artistique »), l'exposition consacrée à l'agence californienne d'architecture Morphosis au Centre Pompidou entend démontrer la vitalité de la scène artistique de l'Ouest des Etats-Unis, en perpétuel combat pour exister face à sa « rivale » de la côte Est.

Conçue comme un projet original, l'installation est insolite et paraît même ludique. Une plate-forme en aluminium de 250 m2, recouverte d'une dalle de verre, légèrement inclinée vers le haut, sous laquelle se cachent donc les maquettes, dessins, textes et images qui constituent l'exposition. Pour visiter ce dispositif horizontal, on enfile - et c'est ça l'élément ludique - des genres de chaussons en papier afin de piétiner à loisir les œuvres sous nos pieds. Le parcours s'avère être décousu, c'est d'ailleurs le but, et les projets architecturaux présentés deviennent vite inintelligibles. Mais ce dispositif constitue un manifeste, celui, justement, de la complexité urbaine. Le problème étant que ce concept, si bien rendu, a tendance à masquer les projets au profit de l'installation elle-même.

Il y a pourtant des projets intéressants au milieu de cette apologie de la complexité.
L'agence Morphosis, fondée en 1972 à Santa Monica par Thom Mayne, s'attaque à des réalisations aussi diverses que le design de montres ou de théières et celui d'immeubles officiels ou de gigantesques projets d'urbanisme. Mayne est un théoricien, qui a pu mettre ses idées à l'épreuve. L'architecture doit pour lui s'engager au service de la société, elle est « une façon de voir, de penser et de remettre en question notre monde comme la place que nous y occupons ». Ses réalisations intègrent depuis longtemps des concepts très en vogue comme le développement durable et l'économie d'énergie, à l'image du siège de la compagnie autoroutière Caltrans (illus.), à Los Angeles, projet a priori pas très sexy mais qui est devenu emblématique de la ville. Le bâtiment est recouvert de panneaux d'aluminium qui modulent les effets du soleil : il s'ouvre et se referme selon les moments de la journée. Une autre originalité, très américaine (car nous autres Français nous mettrions sans doute en grève avec un tel dispositif) : les ascenseurs ne desservent qu'un étage sur trois, invitant les usagers à utiliser les escaliers pour le reste du trajet. Economie d'énergie, socialisation, santé publique.

Ça, c'est l'architecture selon un Angelenos inspiré et engagé, dans la tradition Ouest-américaine d'innovation (terre de la Silicon Valley) et d'expérimentation. Tradition gagnante à en croire la ribambelle de prix décernés à Thom Mayne, dont récemment le plus prestigieux d'entre eux, le Pritzker Prize. Peut-être, bientôt, l'Ouest américain n'aura plus à crier sa vivacité et pourra se contenter d'exister.

Sommaire du dossier :
Los Angeles, naissance d'une capitale artistique(expo)
Le cinéma made in Los Angeles (cinema)
Morphosis s'expose à Beaubourg (architecture)
Mike Davis : précis de décomposition urbaine (essai)

Morphosis
"Continuities of the incomplete"
Jusqu'au 17 juillet, Centre Pompidou

Illustration :

- (1) University of Cincinnati Student recreation center (c) Morphosis

- (2) Caltrans District 7 Headquarters (c) Morphosis

Vanina Arrighi de Casanova

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