Cézanne et Pissarro 1865-1885. Exposition au Musée d'Orsay jusqu'au 28 mai 2006
La vie silencieuse, les motifs rustiques, la terre : Paul Cézanne et Pissarro ont eu les mêmes thèmes de prédilection, et parfois posé leurs chevalets aux mêmes endroits. 60 toiles et quelques dessins montrent les similitudes et divergences entre les deux contemporains amis qui se sont influencés pendant vingt ans.
Après Manet-Velasquez à Orsay déjà, ou Picasso-Matisse au Grand Palais, un nouvel accrochage double donc. Il s'agit de montrer, selon Joachim Pissarro, arrière petit-fils de Camille, conservateur au Musée d'art moderne de New-York et initiateur de cette exposition, que la peinture avance aussi grâce aux interactions entre créateurs. On n'en doute pas... Au total, 60 tableaux et des dessins, souvent présentés par paires au gré d'un accrochage très classique, permettent d'explorer ce duo de l'impressionnisme.
Ouverture, significative, sur deux autoportraits. L'un signé Pissarro, l'autre Cézanne, et des ressemblances indéniables. Tous deux arborent un haut du crâne dégarni, une longue barbe touffue, des sourcils en accent circonflexe. Sur le visage du premier, une certaine sérénité, un sérieux, le second s'affiche un brin plus rebelle.
Pontoise, Auvers-sur-Oise et Louveciennes
Les deux décennies de leur amitié, les créateurs ont montré le même attachement à la terre (quand Monet et Sisley lui préféraient l'eau), affiché les mêmes thèmes de prédilection : villages, rues, paysages et natures mortes, attentifs qu'ils étaient à la « vie silencieuse ». Ils ont donc, souvent, posé leurs chevalets aux mêmes endroits. Pontoise, Auvers-sur-Oise et Louveciennes notamment. A ce titre, l'exposition est éclairante. On s'amuse à relever les correspondances, mais aussi les divergences d'un même sujet d'inspiration vu par deux palettes différentes. Souvent, là où Cézanne croquait la nature dans son austérité, Pissarro se penchait sur l'humain en couchant sur la toile, ici un laboureur, là un vendangeur ou deux silhouettes se tenant la main. Le premier jouait parfois l'épure quand le second, féru de nature champêtre dévoilait des scènes de vie et des végétations foisonnantes. Sur la méthode aussi, les choix pouvaient différer : l'un ne mettait qu'une couche de peinture, l'autre plusieurs.
Si le dialogue entre les peintres est intéressant, le dialogue entre les peintures l'est tout autant. Ainsi Pissarro peint Cézanne devant l'un de ses paysages, et on retrouve l'original juste à côté.
A la fin des années 70, Cézanne prend ses quartiers en Provence mais la correspondance continue. Il dit à son ami le soleil, la lumière pour le convaincre de le rejoindre. En vain. Au milieu des années 80, le dialogue prend fin. Cézanne reste en Provence, en solitaire, Pissarro adopte temporairement la technique pointilliste, mais ils s'observent, de loin en loin. Quelques années avant sa mort, toujours fervent, Cézanne redira inlassablement son admiration pour Pissarro : « Ce fut un père pour moi (...) un homme à consulter et quelque chose comme le bon dieu. »

Cézanne et Pissarro 1865-1885
Jusqu'au 28 mai, musée d'Orsay, tous les jours sauf lundi.
[Illustration : © R.M.N. ]
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