Si vous aimez les cabarets foutraques, allez donc faire un tour du côté de Chaillot. El coup du cric andalou, est un bric à brac joyeux et savamment orchestré par Sophie Perez et Xavier Boussiron, qui met une grosse claque au théâtre-à-papa.

Une scène dévastée, un chantier sans nom, paysage après la bataille... Le plateau est jonché de perruques, de masques, de boudins en tissu, de bouts de jambons de parme. Voilà à quoi ressemble la salle Gémier du théâtre de Chaillot, après 90 minutes passées dans le monde déjanté de Sophie Perez et Xavier Boussiron. Elle, auteur et scénographe, ex-pensionnaire de la Villa Médicis. Lui, compositeur, musicien, plasticien. Plusieurs années déjà qu'ils jouent les duettistes. Ils récidivent, à l'endroit même où ils présentaient, l'an dernier, leur lecture singulière de Lorenzaccio : Laisse les gondoles à Venise. Tous deux avouent un goût du gros blasphème nourri au lait du cabaret et tout ce qui va avec : « la prodigieuse volée de formes ampoulées, l'excentricité sportive, la propagande de l'originalité et du divertissement, le culte de l'instant ».

Divertissement qui tache
El coup du cric andalou, en effet, that's entertainment, du pur, du vrai, du drôle, du fou, du qui tache parfois, mais qu'on aime aussi pour ça. Sur une estrade, deux banquettes en skaï beigeasse se font face, sous des balustrades vernies. Au lever de rideau, quatre créatures perruquées aux tenues impossibles, assises dans les rangs des spectateurs, se lèvent et rejoignent le plateau. La réception bourgeoise dérape en 55 secondes, pas plus. La maîtresse de maison se retrouve sur la table basse, quatre fers en l'air dans les petits fours, l'un des invités s'en va, manque de se ramasser sur un objet glissant (un vieux pop corn ?), suivi par les trois autres.

Un démarrage en trombe, que les quatre interprètes nous rejouent trois fois d'affilée, à un rythme effrené. Dans la foulée, une série de tableaux très seventies sur une musique tarantinesque en diable, et les comédiens qui se présentent. L'un d'entre eux a passé 20 ans à chercher son clown et a fini par le trouver... dans son cul (sic), l'autre en a eu marre d'attendre Godot et s'interroge sur l'essence du théâtre. « Welcome dans la gueule du loup » lance-t-il au public.

On n'est pas vraiment là pour se reposer, mais plutôt pour se fendre la poire avec un humour qui partagera les spectateurs. On est clients. Le cabaret revu et corrigé par Sophie Perez et Xavier Boussiron marie des textes maison à ceux de Picabia et enfile les sketches comme des perles, de vrais numéros en faux ratages, parfois un rien obscènes, mais pas vulgaires.

Fausse impro
Les gus s'adonnent tour à tour à des imitations hilarantes du duo Piaf/ Serapo et de Gabin, d'Elie Chouraqui et du Petit Prince, un numéro de duettistes masqués, des blagues un peu limite sur la pédophilie. Christine Angot et Manu Dibango en prennent pour leur grade tout comme Olivier Py. On ergote sur Jérôme Bosch et Neron, on excelle dans le lancer de couteau sur cible vivante. El coup du cri andalou, c'est six performers « six dons, six erreurs, six singularités », dont quatre proprement hallucinants. A la fois athlètes et virtuoses. C'est une esthétique réussie du dérapage, une fausse improvisation réglée à la seconde près, un bric à brac savamment orchestré, malgré quelques passages un peu longuets. C'est une grosse claque au théâtre-à-papa et c'est enfin, derrière l'apparence diablement potache, une réflexion sur l'art et son rôle.

El coup du cri andalou
De Sophie Perez et Xavier Boussiron
Théâtre national de Chaillot, Salle Gémier
Jusqu'au 23 mars 2006, 20h30 / dimanche 15h. Relâche le lundi

Nedjma Van Egmond




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