Qu'ils parlent de la vie, du rock de leur époque ou d'eux-mêmes, Bangs, Pacadis et Adrien étaient toujours très inspirés. Extraits de propos devenus cultes.
Sur Nico
- “Nico est à ce point possédée par eux (les fantômes) qu'elle a l'air d'en être un, mais c'est plutôt à force d'affronter le fait d'avoir dû aller si atrocement loin de la socialisation humaine pour pouvoir décrire de manière si nue son amour pour à peu près tout le monde et simultanément, ce qui est décisif, l'impossibilité de cet amour à jamais porter ses fruits, non parce nous sommes nés stériles, bien au contraire, nous poussons et croissons si farouchement dans une telle souffrance que nous pourrions dévorer les fragments d'une cathédrale fracassée plutôt que de risquer une fois de plus ces possibles annihilations physiques, psychiques et affectives que l'amour entre deux êtres humains peut non seulement provoquer mais créer totalement à titre d'acte logique de la nature dans sa pleine floraison. Un fruit étrange, en effet".
Sur Patti Smith
- “Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'elle transcende le côté “culte marginal” pour être à la fois positive et grand public, même si ses chansons vont au delà d'un simple flirt avec la mort et la pathologie. Elle a simplement vu qu'il était temps que la littérature se secoue et que la musique soit porteuse à la fois d'une certaine culture et d'une influence qui ne soit pas bidon. Une telle combinaison fait d'elle un ange coriace typiquement américain, arpentant la rue en claquant des doigts, et pourtant bougeant avec cette ondulation des hanches si semblable à celle des allumeuses pour lesquelles vous avez bavé au lycée.”
Sur les Sex Pistols
Sur Lou Reed
- "Le problème avec les Pistols, au-delà du sordide et de la manipulation, c'est que comme beaucoup (la majorité?) des punks, ils faisaient seulement la moitié du chemin : ils disaient bien que tout était nul, ce qu'il était nécessaire de dire même si ça n'était pas forcément vrai, mais ils n'ont jamais fait le pas suivant et ajouté : “toute fois, nous avons une autre idée...”. Ils n'ont jamais ne serait-ce que commencé à essayer de découvrir quelles alternatives valides, responsables, pourraient exister. Ce qui en fait est beaucoup plus difficile que de hurler des insultes gratuites et de ramper et de roter et de se shooter et de se mutiler."
- “Je garderai toujours cette dernière image de lui, affalé dans son fauteuil comme un sac de patates, sirotant son éternel verre de scotch, la tête pendouillant dans l'ombre, ayant tout à fait l'air d'un sourd muet dans une cabine téléphonique (pour autant, il est encore vachement cool; je lui ai volé cette dernière formule).
Alain Pacadis :
Sur lui-même
- "Je vis au jour le jour profitant de l'instant. Je suis partie intégrante des seventies, vivant dans des villes hyperindustrielles, mégalopolis du futur faites de béton et d'asphalte où même les arbres sont en plastique. Les grandes villes : Paris, Londres, New York, Berlin, portent en elles-mêmes les germes de leur décadence et j'essaie d'amplifier ces germes qui sont la transsexualité, les drogues dures, l'anarchie, le chaos." (Portrait de Pacadis par Gainsbourg, Façade n°3, avril 1977)
- "Et s'il fallait parler du rock'n'roll, ce serait le soir quand on n'a pas mangé depuis deux jours et qu'on a dans les tripes le goût pâteux de la bière brune qui colle à la gorge, quand le corps ressemble à une éponge trop imbibée qui pourrait se briser au moindre mouvement ou éclater en un million de fragments comme un moi schizo."
- "Je vais dans les nightclubs. Je suis tout ce qui s'y passe. Je rencontre des gens nouveaux. C'est très sauvage ! J'y apprends des danses, de toutes nouvelles danses. Comme la bombe nucléaire. Je vais dans les nightclubs. C'est clair et lumineux."
- "Ainsi se termine cette chronique : j'ai mal, je ne supporte pas d'être seul et la musique n'y fait rien ; Mais quand tout cela va-t-il s'arrêter, ne vois-tu pas que je suis à bout de force, que je n'en peux plus ? Mon corps se désagrège de jour en jour, je sens que je deviens un zombie." (Libération, 17 octobre 1980)
- "En 1979, nous avions tous un double, qui allait aux parties rasantes où l'on devait faire acte de présence, le double appuyait sur le "start" du tape recorder et je m'entendais parler. Le double poussait "l'eject" et je me taisais. Mais il avait aussi ses limites, il voulait faire l'amour quand je me défonçais, alors je l'ai renvoyé." (Nightdealing, Libération, 24 octobre 1979)."
- "Si j'avais encore 10 sacs, je pourrais facilement trouver un peu de bonheur plié dans du papier blanc mais je n'ai même plus d'argent, il ne me reste rien sauf des frissons dans le dos à chaque fois que je me réveille la nuit et une formidable envie d'envoyer en l'air tous les tubes de Tranxène et de Mogadon qui encombrent ma table de nuit, mais eux aussi sont à moitié vides...comme moi." (Libération, 12 juin 1978, Pacadisseries).
Sur Lou Reed :
- "Les ballades sentimentales de Lou s'égrènent aux petits matins des extases électriques dans les rues vides de New York et entre les accords psalmodiés sur les lèvres livides des stars déchues résonnent les appels à la perversion de celui qui est las de jouer le rôle du transsexuel junky où d'autres auraient bien voulu qu'il se cantonne..."
Sur Nico :
- "Elle psalmodie de longs textes qu'elle accompagne au clavier de mélodies hypnotiques et incantatoires, sa voix monocorde créant un vertige comme la nuit qui tombe sur le désert après un trip trop fort. Pour calmer la galère cosmique qui menaçait de sombrer, elle avait chanté, tel un rossignol oedipien : "The End", chanson favorite de son ami Jim Morrison.
Yves Adrien
Sur lui-même
- "Je crois très fort à l'arrogance. Je hais l'idée de soumission, d'humilité. C'est l'une des idées majeures de ce mouvement "Ultra" : ne pas être soumis. Saint-Just était aussi aristocrate que ceux qu'il a guillotinés. Quant à moi, s'il faut subir une forme de contrainte ou de dictature, je préférerais toujours qu'elle soit exercée par l'élite plutôt que par la masse. On peut discuter avec l'élite. Avec la masse, c'est impossible, elle parle trop fort..." (Entretien avec Alain Pacadis, Libération, 16/17 mai 1981, Pour un rock thermidor)
Sur Iggy Pop
- « Et Iggy, deux soirs de suite, tendit ses muscles, les tendit à vide, prenant sur la scène du Palace une série de poses qu'on eu pu à plus d'un égard qualifier de plastiques : il y a des chansons abdominales et des chansons dorsales, un medley moins solaire qu'un plexus, un jeté battu synthétique, un « en garde de trois quarts » amnésique et, pour le final, un total assaut frontal du genre « portrait du junky repenti en gymnaste »...Pour certain(e)s, la démonstration fut captivante, pour d'autres déprimante et pour moi normale, juste normale."
- le
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