Monté à partir de la pièce d'Heinrich von Kleist et de Paysage sous surveillance de Heiner Müller, Penthésilée paysage raconte la guerre que les Amazones, conduite par leur reine Penthésilée, menèrent contre les Grecs. Par delà la guerre, c'est une interrogation sur les liens entre l'intime et le politique que nous livre Aurélia Guillet.

Cette guerre, c'est l'amour que Penthésilée porte à Achille qui l'a motivée. Or, selon la loi dictée par Mars, comme toute Amazone, elle n'a pas à choisir son amant mais à prendre celui que le hasard des combats désignera. Ainsi Penthésilée défie la loi de Mars et Achille, de son côté, est à ce point obnubilé par la reine qu'il en oublie l'autre guerre, celle de Troie, que ses compagnon s'efforcent de rappeler à son souvenir.

Cette guerre qui oppose des femmes à des hommes, Aurélia Guillet a choisi de la faire résonner avec des textes de Müller. Des textes qui interrogent les liens que tissent entre eux, affects, sexualité et violence. Les acteur, très jeunes et très beaux, donnent beaucoup d'eux-mêmes : ils sont entrés dans leurs personnages avec ferveur et les voix qui disent les extraits de Müller, distantes, presque froides, viennent à dessein casser ce processus d'empathie engagée entre les spectateurs et le couple Achille / Penthésilée.

Le lieu où se joue le spectacle donne en lui-même quelque chose des intentions d'Aurélia Guillet. Dit « le terrier », parce que située en sous-sol, la scène est large, profonde et obstruée par des bouts de mur. On dirait, pour citer un autre texte de Müller, un « bunker d'après la troisième guerre mondiale » . Le sol et les murs sont blancs, des parois transparentes forment un espace où Penthésilée tentera un moment de s'isoler de ses compagnes ; de la terre, un arbre sec, complètent cette vision où l'apocalypse ne semble pas laisser place à un possible renouveau.

« Inhumaine, comment te nommer ? » demande la grande prêtresse à Penthésilée amoureuse et criminelle ; laquelle est pourtant bien humaine, ou trop humaine... pour avoir, selon ses propres dires « tenu parole, mot pour mot » et donné leur sens premier aux expressions de l'amour : mort, destruction et dévoration, voilà ce qu'elles disent et voilà ce que Penthésilée a réalisé.

Penthésilée paysage d'après Heinrich von Kleist et Heiner Müller.
TGP Saint-Denis, jusqu'au 26 mars

Julie de Faramond




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