Mr Beast de Mogwai

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Presque trois ans ont défilé depuis Happy Songs for Happy People, et voilà que nous reviennent les quatre écossais de Mogwai avec Mr. Beast. Premier constat - étymologique - c'est la première fois que le titre d'un de leurs albums n'a rien de dérisoire. Mr. Beast rend clairement compte des intentions de l'album : conserver la classe des dernières productions tout en revenant à un rock plus brut. Oui, mais.
En lisant cette chronique, pourquoi ne pas écouter 3 titres de Mr.Beast sur le blog Myspace de Mogwai ?

Depuis leur première sortie Young team au popisant Rock Action, Mogwai a toujours joué du contenu de ses albums pour blaguer joyeusement sur la dénomination du contenant. Au fur et à mesure de leurs 10 ans de carrière, les écossais sont passés d'une tempête rock, lourde, pesante et zébrée d'électronique à des compositions hybrides où synthétiseurs, batterie et saturations donnaient naissance à des atmosphères vaporeuses, propices au vague à l'âme. Fantomatique l'âme.
Mr. Beast ne rigole pas. Son titre n'est pas un détournement, comme l'ont été tous les monstrueux bébés de Mogwai : c'est une annonce. Fi des démarches architecturales qui faisaient de leurs premiers albums de véritables symphonies post-rock, où les chansons se fondaient les unes dans les autres, la nouvelle galette aligne des titres, puissants certes, mais moins ambitieux.

Ce bémol souligné, Mogwai reste Mogwai. Une formation de qualité, qui maîtrise ses constructions lyriques et compense la sensation de réchauffé par quelques perles de songwriting. Telle "Auto Rock", la piste d'ouverture de Mr. Beast, qui, avec sa lente progression sonique sur fond de grosse caisse pilonnée, fait l'effet d'un véritable condensateur d'énergie. Une énergie qui, par malheur, ne se libère que moyennement sur un "Glasgow Mega-Snake" aux accents franchement métaleux (car, et c'est une continuité conceptuelle métaphysique, les chansons contenant Mega et/ou Snake se doivent de sonner comme du métal), qui ne décolle jamais franchement.
C'est plus tard, sur "Travel is dangerous" que le potentiel de Mr. Beast commence à se dévoiler. Sur une mélodie flottante, la voix de Stuart Braithwaite se pose doucement, accompagnée de saturations discrètes, que l'on discerne du coin de l'oreille et qui s'aventurent lentement vers le refrain pour parasiter de leur puissance la gracieuse ligne mélodique. C'est bel et beau, mais les habitués de Mogwai n'y trouveront pas une intense originalité.

Fusion des opposés

Pour cela, mieux vaut laisser traîner ses oreilles sur le très classe "Friends of the night" : une superbe complainte au piano sur fond de chaos auditif, dont les variations de tons et de puissance - judicieusement pensées - créent littéralement une sensation de rage mélancolique retenue par un masque de délicatesse. Il se cache sans doute dans cette chanson, le cœur de Monsieur Beast, ce compositeur torturé, vivant simultanément la candeur innocente du piano et la colère brûlante des effusions de guitare. Des émotions aussi absolues que contraires, forcées de cohabiter dans un seul corps, au prix d'une tension musicale déchirante.
La résolution de ce combat trouve peut-être son expression dans le titre suivant "Emergency Trap". De la lutte, il ne reste que des bribes, et une grande mélancolie, parce que rien ne semble résolu. Le combat s'est consumé, fondu sur lui-même et reste inabouti, aucune force ne l'a remporté sur l'autre. Elles restent piégées, et la musique se fait pathétique, fragile, voire faible.
Les trois titres qui achèvent l'album reprennent la même problématique et lui trouvent une nouvelle issue. "Folk Death 95" gueule et chiale en même temps, ce qui n'en fait qu'une variation moins fraîche de "Fiends of the night". Mais "I chose horses" change de voie, se fait libératrice, relaxante : les accords de piano multiplient les tons heureux, les guitares se taisent, la voix de Stuart vient nous rassurer. Grand final, "We're no here" est la part sombre de Monsieur Beast, libérée elle aussi, et qui prend littéralement son envol dans l'un de ces fantasmatiques déluges de décibels qui fait la marque de fabrique de Mogwai. Les sonorités métal reviennent se tailler la part du lion, mais apparaissent beaucoup plus à leur place ici qu'en début d'album. Mr. Beast s'achève ainsi sur une note épique et obscure, mais qui, comme une bonne partie de l'album, semble plagier les précédents opus du groupe plutôt que de creuser dans une nouvelle direction.

Finalement, ce Mr. Beast, voyons-le plutôt comme une synthèse générale de l'œuvre de Mogwai. Un cadeau récapitulatif des dix ans d'existence du groupe, avant de voyager vers d'autres contrées. Voyons-le ainsi, où l'on se prendrait rapidement à penser que les membres de Mogwai éprouvent juste beaucoup de difficulté à se renouveler.

Cédric Bégoc Le 10 March 2006

Sur le web :
Sur Fluctuat : - Le fil info Mogwai sur Playlist, le blog musique de Flu.

Sur le Web : - Le Site officiel de Mogwai. - Le Site officiel de Mr.Beast. - Le blog Myspace de Mogwai (4 titres en écoute, dont 3 de Mr. Beast). - La page de Mogwai sur le site du label Matador.