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Depuis le Scream de Wes Craven, le film d'horreur est revenu à la mode. Mieux, on redécouvre ses auteurs, enfin tolérés et considérés par les habituels douanes cinéphiliques. On leur décerne de nouvelles médailles, partout et surtout loin des fanzines et autres magazines spécialisés. La collection Masters of Horror est un exemple de cette reconnaissance récente. Passage en revue, morceau par morceau, de ses défauts et qualités.
Dance of the Dead de Tobe HooperHomecoming de Joe Dante
Aussi social mais plus parodique et beaucoup moins cauchemardesque, Homecoming de Joe Dante joue à la série Z. Plus politique et surtout critique, le film tient sur une idée : les soldats morts au combat en Irak reviennent à la vie pour voter. Véritable caricature comique du cinéma zombie de George A. Romero (qui a sa petite citation), Homecoming se veut une satire transparente mais lapidaire de l'administration Bush. Au-delà du concept, le film a du mal à tenir sur la durée, même si la blague est plutôt réussie.
Cigarettes Burns de John Carpenter
Plus cinéphile, Cigarettes Burns de John Carpenter invente la version cinéma du mythe du manuscrit maudit façon Necronomicon : La fin absolue du monde. Troquant le texte pour l'image, Carpenter rejoue un peu Dans l'antre de la folie mais sur une gamme plus référencée. Ironique, critique et fantasmatique, Cigarettes Burns mise sur la connivence et la fidélité d'un public déjà conquis. Malgré l'idée intéressante d'un film dont la projection pousse ses spectateurs à la mutilation, au suicide, à revivre leurs traumas et à aller jusqu'au bout de leur fascination du mal, la mise en scène a du mal à traduire la religiosité de l'image. Le film s'embourbant même dans une mise en images ridicule voire parodique de l'objet maudit. Un peu trop tranquille, presque familial, Carpenter (du coup remis en selle, déjà deux projets pour le cinéma) peine à épaissir son sujet malgré quelques moments forts.
Deer Woman de John Landis
Toujours en haut du casting mais déjà plus oublié, John Landis - qui n'a plus approché de près l'horreur ou le fantastique depuis Le Loup Garou de Londres (1981) et un segment de Twilight Zone The Movie (1983), donc depuis un moment -, s'amuse carrément à l'auto citation dans Deer Woman, en signant sur fond de légende indienne une version comico-sexy de son Loup Garou de Londres. Un peu faible et rarement inventif, le film reste sympathique même si Landis n'est visiblement pas passionné par son scénario.
Jenifer de Dario Argento
Dernière star un peu fatiguée depuis trop d'années, Dario Argento - que l'on désespère de voir rebondir pour un ultime chef d'œuvre - signe Jenifer. Adapté d'un comics, son segment vise la fable perverse à velléité philosophique. Filmant l'engrenage d'un flic prisonnier de son attirance charnelle pour une créature anthropophage et nymphomane, le maître (usé) du Giallo tente de construire une habile et ludique métaphore du désir masculin jouant sur la séparation entre le corps et le visage. En résumant, Jenifer mise sur les contradictions apparentes de notre libido en se fondant sur des principes assez simples d'attirance et de répulsion. Argento cherche à créer une sensualité du monstrueux où rien ne pourrait arrêter la prolifération du mal. Un peu répétitif, le film s'épuise dans sa tentative psycho-symbolique tout en ne proposant jamais vraiment d'enjeux formels ou de dispositifs scéniques à la hauteur de ceux ayant fait la réputation du maître.
Dream in the Witch House de Stuart Gordon
Parmi les auteurs les moins connus ouvrant le bal de Masters of Horror, Stuart Gordon livre Dream in the Witch House, une adaptation de Lovecraft. Il avait déjà adapté cet auteur avec Re-Animator (1985), From Beyond (1986) et Dagon (2001), films marquants pour certains. Auteur typique des rayons de vidéoclub, Gordon est malgré son aura plutôt confidentielle un cinéaste révélant une démarche artistique singulière. Emprunt d'un certain classicisme autant sur le fond que sur la forme, son Dream in the Witch House a quelque chose d'attachant et d'un peu daté. Presque venu d'un autre temps du cinéma avec ses histoires de sorcière, d'ésotérisme, de possession, d'univers parallèles, le fantastique y est sans signification apparente ni symbolisme, restant dans un éther imaginaire où seuls les effets de mise en scène en assurent la présence. C'est justement ce rapport aux formes qui fait l'intérêt du film : comment faire pour qu'une approche purement théorique et minimaliste (narrative et filmique) puisse ouvrir sur d'autres dimensions ; comment situer les limites de l'imaginaire et du réel. Si la recherche de Gordon n'aboutit pas complètement, l'idée reste passionnante et le traitement du film d'une certaine élégance.
Incident On and Off a Mountain Road de Don Coscarelli
Presque de la même génération que Gordon, Don Coscarelli est connu pour avoir réalisé la série des Phantasm, ses rares films pendant vingt ans (1979 à 1998). Aujourd'hui il remonte le tapis rouge avec son très estimé Bubba Ho Tep et du coup réalise le segment Incident On and Off a Mountain Road. Adapté d'une nouvelle de Joe R. Lansdale, que le cinéaste avait déjà adaptée pour Bubba Ho Tep, le film oscille d'abord entre Jeeper's Creepers et Rambo (en fille) puis finit par être (malgré lui) une justification étrange, fantasmatique et embrouillée de l'autodéfense sur fond de confrontation maritale. Coscarelli prend ici un plaisir exquis et pervers à faire courir la ravissante Bree Turner dans une forêt obscure, avec à ses trousses un psychopathe grand-guignolesque symbolisant la paranoïa sécuritaire de son mari dont elle expérimente la vision du monde. Malgré un style efficace et des atmosphères à l'esthétique convaincante, le film joue avec certaines angoisses sans visiblement peser la réelle nature de son ambiguïté.
Haeckel's tales de John McNaughton
Peu de choses prédisposaient John McNaughton, issu de la même couvée que les deux précédents, à être au casting de la série. N'ayant signé dans le genre que Henry : Portrait of a Serial Killer (1986), on comprend mal sa présence ici, si ce n'est pour le sortir du quasi néant de sa carrière. Pourtant en réalisant Haeckel's Tales, adapté de Clive Barker (Hellraiser), McNaughton pourra se vanter d'avoir tourné le premier gang bang avec des zombies. Entre autres, car c'est non sans aisance et style qu'il sait donner une ambiance macabre et prégnante à ce récit entre Frankenstein, âge des lumières et nécromancie. Aidé par Romero (au générique), Mc Naughton rejoue la gamme du film de zombies en lui donnant une dimension sexuelle et perverse, sympathique et réussie.
Et trois autres titres d'intérêts variables...
Enfin, chez les réalisateurs les moins connus, on oubliera vite le segment de Mick Garris, Chocolate. Se traînant laborieusement un air de téléfilm, il ne dépasse pas un épisode banal des Contes de la crypte ou de la Twilight Zone, malgré une belle idée de départ.
On risque de retenir un peu plus longtemps Pick me Up, de Larry Cohen (68 ans et peu connu, si ce n'est pour la série Les Envahisseurs, un titre phare mais nul de la « Blackspoitation » - Black Caesar -, et quelques films d'horreurs tels que It's Alive en 1974). Avec sa rencontre au sommet entre deux tueurs en série, un jeune (l'auto stoppeur) et un vieux (le routier), le film oscille entre jeu de piste ludique, poursuite et double chasse à l'homme. L'idée est séduisante, le ton comique et distancié, les rôles sont bien tenus et l'atmosphère paranoïaque du fin fond de l'Amérique marche bien, même si le film atteint ses limites.
On retiendra donc surtout le film de Lucky McKee, Sick Girl. Connu en France pour son premier long métrage intitulé May, McKee reprend Angela Bettis, son actrice hystérique fétiche, et la transforme en entomologiste barjo. Revisitant La Mouche en plus pervers, lesbien et freudien, Sick Girl explore le même univers monomaniaque que May, avec plus de clichés, de raccourcis et d'humour. Avec toujours autant de régression mais aussi de maîtrise, McKee recycle, ce qui ne nous empêche pas d'attendre la suite.
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Masters of Horror
13 films originaux d'une heure (dont douze ont été diffusés sur Showtime Networks)
Réalisés par : John Carpenter, Dario Argento, John Landis, Joe Dante, Tobe Hooper, John McNaughton, Larry Cohen, Stuart Gordon, Don Coscarelli, Lucky McKee, Mick Garris.
Films disponibles chez Anchor Bay en DVD Zone 1 (non sous-titrés) à partir du 28 mars 2006.
[Illustrations : 1. Chocolate | 2. Dance of the Dead | 3. Incident On and Off a Mountain Road | 4. Dreams in a Witch-House ]
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