Le Jeu de Paume offre une partie de ses cimaises aux photographies de l'artiste américain Ed Ruscha. Représentant des Etats-Unis à la dernière Biennale de Venise, il est essentiellement célèbre pour ses peintures. De petites images, qui font un grand effet.

Dés l'entrée de l'exposition le ton est donné : enseignes (For Ritz), panneaux publicitaires (Sunset & Alvarado, Market Sign), livres (Ruscha with Some of His Books, Tampa, FLA), voitures (1939 Ford) sont déjà présents et dévoilent le vocable du travail à venir d'Ed Ruscha. En effet, qu'il soit peintre, dessinateur, graveur ou photographe, l'artiste (né en 1937 dans le Nebraska) privilégie toujours les sujets et les petits détails graphiques tirés du quotidien urbain et du monde contemporain. Il rend en quelque sorte compte de l'entourage de « l'homme moderne » en utilisant des stéréotypes hors contexte, des moments ordinaires sans jamais les entourer d'artifices. L'élément photographié se suffit alors à lui-même et donne toute son envergure à l'image, en devenant une chose à observer, à réfléchir, à regarder différemment. Ruscha n'est pourtant pas un photographe « documentaire », il utilise la photographie comme médiateur - une sorte d'esquisse moderne - à son travail de peintre dans lequel le mot à son importance. Mots qui donneront la note à un préambule linguistique (le titre) qui structurera le contenu et les paramètres de ses livres dont le sujet principal est : la photographie.

Avant le livre, les premières impressions
Lors ses études, Ruscha fit connaissance avec le travail de photographes comme Robert Franck et Eugène Atget, d'artistes tels que Marcel Duchamp et Jasper Johns, qui inspireront son travail (manipulation des mots, frontalité, observation d'une société). Dés ses premières photographies prises en 1961, à New York et en Europe, les influences de ces derniers se font sentir. Cependant, Ruscha suit son instinct, sans aucun procédé préalablement pensé, pour figer ces moments qui dégagent des thématiques cadrées, sans aucune contrainte. Des cadrages serrés sur les vitrines (Vienna, Austria dont le buste de mannequin semble avoir inspiré une photographie de Paul McCarthy, Fear of mannequins,WigHeads, HollywoodBoulevard, 1971-2002), des vues plongeantes sur la ville (Venice, Italy), Ed Ruscha enregistre ce qui attire son regard.
De retour en Oklahoma, il change de procédé et prépare ses œuvres en amont. Premier exemple, la série des produits de consommation, chacun photographié seul sur un même fond monochrome, invite à regarder ces objets autrement. Ses livres conservent le même processus. Le premier Twentysix Gasoline Stations s'applique aux stations services, sujet maintes fois repris par la suite par d'autres artistes comme Eggleston. Les images semblent égrener le scénario d'un road movie ou d'un film de David Lynch qui aurait perdu toute âme vivante sans pour autant perdre une intensité et une dynamique visuelle captivante. Ce livre ouvre la voie à quinze autres publiés entre 1963 et 1978.

Le livre comme point de départ au travail photographique
Ruscha fabrique des ouvrages élaborés, seul ou en collaboration. Les petites flammes visibles ou suggérées, sortes de natures mortes, de Various Small Fires, les vues frontales des appartements aux lignes droites et froides sans présence humaine de Some Los Angeles Apartments - qui s'apparentent aux tableaux récents d'Yves Belorgey - et les vues en plongée des parkings vides de Thirtyfour Parkings Lots montrent la linéarité et la picturalité de la topographie de la ville et sa périphérie de la côte ouest américaine. Suggéré, l'homme est présent par les traces qu'il laisse. Il apparaît timidement dans Babycakes, puis ouvertement dans Five Girlfriends, avant de disparaître à nouveau. La couleur se fait discrète et ose quelques apparitions dans certaines reliures de livres puis dans la série Nine Swimming Pools, où les images sont invariablement séparées par des pages blanches. Les photographies d'Ed Ruscha, habilement pensées et rendues, inspireront toute une génération d'artistes (Cindy Sherman, Dan Graham, Andreas Gursky...) et certainement bien d'autres encore.

Jusqu'au 30 avril 2006
Jeu de Paume
1, Place de la Concorde - Paris 8e
01 47 03 12 50
Tous les jours sauf lundi - Tarifs de 4 à 8 €

Sandrine Lacroix



Sur le web :
Le site du jeu de paume


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