La nouvelle production de Chan Marshall, le visage derrière Cat Power, était attendue avec grande impatience. Un album titré "le meilleur" en provenance d'une artiste dont on s'est souvent émerveillé, ça a de quoi intriguer. Premier constat à l'écoute : Cat Power a rangé les griffes. Chan plante désormais ses crocs dans la douceur d'une texture soul. Deuxième constat : parfois, on s'ennuie.
"Once I wanted to be the greatest." C'est ainsi, sur quelques accords de piano et un fantastique contrepoint en cordes et en synthés, que s'ouvre le nouvel album de Cat Power. Un premier titre éponyme délicatement construit autour d'une batterie millimétrée, sur laquelle se posent des envolées de violons, des chœurs discrets et la voix délicieusement nostalgique de Chan Marshall. Ce "Greatest" n'est pas qu'une ouverture d'album, c'est un véritable travail d'orfèvre qui tire directement l'album au plus haut et avance la promesse d'un disque exceptionnelle. Et c'est là que le bât blesse.Déjà, le second titre, "Could we", part dans une direction toute différente (ce qui n'est pas mal en soi, remarquez), mais cette petite ballade agrémentée de trompettes abandonne immédiatement la magnifique richesse aperçue au début de l'album.
Pourtant le tir est rectifié par le titre suivant, "Living in Bars", une belle chanson aux influences soul où Marshall prend le temps de poser sa voix pour nous embarquer dans ses souvenirs de décadence alcoolisée. Son chant, fort et tragique à la fois, perce littéralement le cœur à chaque refrain. Et le voyage se fait joyeux sur la fin, lorsque la chanson hérite d'un rythme pop qui la détourne sur une voie nettement plus lumineuse avant de disparaître... et de laisser le titre écluser les fonds de piano.
Et là, malheur. Venue de nulle part, déboule une voix d'animateur radio, mielleuse à souhait, qui nous annonce étrangement que voici "un titre du nouvel album de Cat Power" (sans déconner ?!), et les choses se gâtent. Coup sur coup, Marshall balance deux titres sans la moindre substance : un "Islands" vaguement hawaïen d'une minute trente, et un "After it all" parée de sifflements guillerets complètement kitch qui coulent le titre. S'ensuit encore le très anecdotique "The Moon", qu'une poignée de bonnes idées (des chœurs passés à l'orgue électrique, un chouette début de refrain, des paroles sympas) n'empêchent pas de rapidement s'enliser.
On prend son mal en patience. Et il faudra attendre le septième titre - "Living Proof" (la moitié de l'album est déjà derrière nous) pour entendre ressurgir un peu d'ambition dans ce Greatest fragile sur ses genoux. "Living Proof" est une chanson très théâtrale au demeurant. Les nappes de synthés viennent s'y poser en toile de fond, se dressant au fur et à mesure autour des deux accords de piano, lancinants, sur lesquels danse la voix, cette voix si particulière de Cat Power, toute à son aise au centre de ce décor baroque et dramatique.
Passe le sympathique "Empty Shell" et ses "I really do miss you but, I don't love you anymore" sussurés avec tendresse. Et l'on retombe sur du Cat Power plus "basique" avec "Willie", un titre qui commence pourtant de fort belle manière.
La fin de l'album approche et on l'attend, un peu dépité par ce parcours inégal, en espérant encore... Une voix merveilleusement triste surgit des profondeurs du disque. Elle harangue lentement l'auditeur de sa question orpheline : "Where is my love ?". Loin, sans doute, vu la douleur qui se dégage du titre. Et notre amour à nous, où est-il ? Comme une langue de vent hésitante, qui se fraye un chemin dans le brouillard, le premier titre du triptyque vainqueur qui achève The Greatest nous ramène sur la voie d'un bon et bel album.
A force de chercher son amour, Chan Marshall finit par retrouver son ancienne acidité, qui semblait bannie de ce Greatest rénové, dans un magnifique "Hate", minimaliste et acerbe à souhait. Chanson qui sonne comme l'échec de la première affirmation de l'album. Au "once I wanted to be the greatest" du début, et toutes les errances joyeuses - presque fluettes - qui lui succèdent, des sentiments si peu reconnaissables chez la Chan Marshall que nous pensions connaître, répondent des refrains qui sentent bon le chanvre et le goulot de bouteille, "I hate myself and I want to die".
La conclusion de l'album n'est pas en reste. Ce Greatest inégal trouve sa fin dans un "Love & Communication" doucement électrique, dont la tension monte au fur et à mesure que les instruments viennent s'y coller, y déposer chacun leur plainte avant de s'en aller chialer dans un final électrique, triste et désespéré comme un bon blues. Laissant l'album irrésolu, sans réponse, comme si Chan Marshall s'était sauvé avant de faire face aux questions.
Alors ce Greatest... le meilleur album de Cat Power ? Sûrement pas. Mais s'il n'a pas toutes les qualités pour lui, il s'agit (et c'est déjà bien) d'un album diablement honnête, qui découvre un peu plus Chan Marshall... Une artiste de gouttière, qui joue encore les filles de l'air.
Sur Fluctuat : - La chronique de You are free (2003) - Le fil info Cat Power sur Playlist
Sur le Web : - La bio Cat Power sur Ados.fr - Le site officiel de Cat Power - Trois morceaux de l'album sur le mp3blog Good weather for air strikes
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