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Empêtrée dans des clichés parisiano-provinciaux, cette comédie à peine sympathique et qui prend un malin plaisir à gâcher un excellent casting, se regardera à la télévision un soir de grande fatigue.
Face à la simplicité du synopsis, il aurait été préférable, pour être un peu surpris, d'être serré par une tension dramatique ou une émotion dégageant la narration de l'impression pénible de « déjà-vu à la télévision dix ou cent fois ». Las ! Ici, en guise de fil conducteur, un élément bien peu perturbateur incarné par Cécile de France, jeune provinciale « montée à la capitale » pour exaucer les rêves de sa grand-mère (on se souviendra longtemps de cette sentence maintes fois assénée : "je n'avais pas les moyens de vivre dans le luxe, alors j'ai décidé d'y travailler") - Cécile de France, les yeux mouillés, en mini-jupe et sac à dos à badges, trop nunuche pour ne pas être agaçante aux yeux des Parisiens, trop naïve pour ne pas être insultante aux yeux des provinciaux. A l'image du film, en quelque sorte.
Une comédie superficielle et facile
Car Cécile de France est une actrice bien trop exquise pour ne pas être bousculée, tout comme les films de Danièle Thompson sont trop « faits maison » pour ne pas mériter plus de travail. De fait, de Fauteuils d'orchestre, il se dégage dès l'ouverture, dès le générique à la bande-son pleurant l'accordéon, cette impression de paresse, de laisser-aller que ni la teinte comique, ni le rythme enlevé des séquences ne peuvent justifier. Pire encore, il semble que la cible « grand public » ait été invoquée comme un alibi à sa superficialité.
Danièle Thompson mériterait d'être grondée. Entourée par des acteurs de haut niveau, tenue par un ressort dramatique auquel il était plaisant de croire, elle ose piocher dans les vieilles recettes mille fois éprouvées. Comment ne pas penser à La Boum face au couple formé par Cécile de France et Suzanne Flon ? Comment ne pas être agacé par cette phrase toute faîte : « Un jour, le temps qui passe devient le temps qui reste », qui donne l'envie furieuse de sortir le film de ses teintes jaunâtres, de son confort cossu, de ses faciles réconciliations.
Que manque-t-il à cette « comédie des générations » ? De se lancer plus franchement, sans doute, de filmer encore et encore la délirante Valérie Lemercier qui en fait des tonnes, et dont on ne se lasse pas. Qui insuffle une énergie folle là où on s'endort. Qui est la seule à avoir compris qu'il n'est pas permis dans ce film de se prendre au sérieux, puisqu'il s'agit d'une comédie trop facile. Oser aller vite, prendre des risques, et remporter le même succès qu'avec Sobinski, passant ainsi du statut de vedette honteuse à celui de comédienne intellectuelle, de « Madame le Maire » à Simone de Beauvoir.
Bien entendu, Danièle Thompson n'a aucune velléité à être une intellectuelle, et c'est heureux. Simplement, gageons que si elle consentait à travailler en laissant de côté ses clichés, ses films gagneraient en profondeur et en subtilité. Là où avec La Bûche, le pari sur grand écran avait été gagné, Fauteuils d'orchestre, à peine sympathique, se regardera à la télévision, un soir de grande fatigue, histoire de ressentir, à nouveau, enfin, l'envie d'aller voir ailleurs.

Fauteuils d'orchestre
Un film de Danièle Thompson
Avec : Laura Morante, Sydney Pollack, Cécile De France, Valérie Lemercier, Albert Dupontel, Claude Brasseur, Dani.
Durée : 1h46
Sortie en France : 15 février 2006
[Illustration : © Mars Distribution]