5ème forum international du cinéma d'entreprise ">
Interview à l'occasion du spectacle 5ème forum international du cinéma d'entreprise
Depuis 1982, Grand Magasin fabrique en série limité des objets scéniques non identifiés qui énervent les « gens de théâtre » et font rire les autres. Suite aux succès de leurs précédentes opérations et face à la voracité de la clientèle en cette fin de soldes, l'hypermarché Beaubourg propose en promotion un pack comprenant un spectacle et une conférence, avec la participation exceptionnelle de Jérôme Bel en brillant VRP. Des artistes à votre service ? J'en prend quatre !
(Merci à Grand magasin pour leur aimable autorisation)
Fluctuat : Ce titre culte de 5ème forum international du cinéma d'entreprise, vous l'avez pêché où ?
Grand Magasin : Il nous plaisait déjà beaucoup en tant que tel, tout seul, comme un haïku. 5ème forum international du cinéma d'entreprise, ça laisse quand même entendre qu'il y en aurait eu 4 auparavant...Cela fait longtemps qu'on avait pas procédé « à l'endroit » pour faire un spectacle : en décrivant ce qu'on allait faire, en annonçant la couleur pour avoir des moyens de production. L'inconvénient de cette méthode, c'est qu'on est obligé de trouver un sujet et de raconter ce qu'on va faire bien avant de le savoir. Beaucoup de choses ont donc commencé avec ce titre, qui a coloré le choix des accessoires et des postures tout en restant suffisamment ouvert pour y mettre tout et n'importe quoi. Car pour ce spectacle, on a abandonné et recyclé pleins d'autres projets, c'en est même devenu le thème central : on aurait voulu faire ça, et ça, et ça. On a ainsi conservé des embryons d'autres spectacles, comme la scène du S.d.c.d.t (le système de compression du temps).
À partir de ce principe, comment avez-vous travaillé pour mettre le produit en tête de gondole?
Pour le 5ème forum, on avait au départ la velléité de raconter une histoire de science fiction, très lointainement inspirée de la nouvelle La fourmi électrique de Philippe K. Dick. On avait l'ambition d'en faire une adaptation, mais très vite on s'est aperçu qu'on n'en était pas capable et qu'on n'en avait pas forcément envie. Ce qui est resté de la science-fiction, c'est le thème des univers parallèles : tous les choix qu'on ne fait pas, restent des mondes potentiels.(Voir en écoute, avec la chanson « millionnaire » ci-dessus)
On a passé beaucoup de temps autour de la table, il y a eu pas mal d'essais, on a écrit de nombreux faux scénarios de films, qu'on aurait de toutes façons jamais tournés.
Il y avait un scénario qu'on appelait « ou/ou » : un personnage faisant telle chose ou telle chose, toujours à l'embranchement de pleins de scénarios possibles. Dans un autre, tout était figuré en négatif : le personnage ne rentrait pas dans la maison, ne continuait pas sur la gauche, ne montait pas dans un taxi, laissant supposer en filigrane ce qu'il pourrait éventuellement faire. Enfin, un scénario consistait juste à créer des impasses : moi je veux faire ça, mais toi tu veux faire le contraire, qu'est ce qu'on fait ? Incompatibilité, blocage de la situation, arrêt. À ce moment là, en général on fait une chanson. Ces mécanismes ont constitué la trame du spectacle.
Du coup, vos personnages et leurs actions deviennent assez anecdotiques...
On avait complètement abandonné l'espoir de raconter une histoire pour ne garder que la structure des actions, mais on avait quand même besoin de mettre en jeu des personnages « minimum » , squelettiques et sans épaisseur : il ou elle, A,B ou C. Puis on s'est distribué les « rôles » en tant qu' « acteurs », si on peut dire.
Le problème, c'est quand même de trouver des choses à faire, puisque toute notion de fiction était abandonnée. La plupart du temps il s'agit de déplacements simples ou de prise de parole « a minima » : choisir si on va à droite ou à gauche, si je rejoint les autres ou si je m'écarte d'eux.
Sur le plateau, tout semble très calculé : n'y aurait-il pas des matheux, des adeptes de logique formelle ou des férus d'algorithmes chez Grand Magasin ?
Il n'y en a pas. On fait tout intuitivement, on est trop brouillon et trop nombreux pour que toute tentative de méthode, à fortiori scientifique, ne soit très rapidement sapée et rendu inefficace en notre présence. Pourtant le 5ème forum est un spectacle très réglé, qui n'a pratiquement pas bougé depuis sa création il y a un an.
Mais on fait des découvertes mathématiques en préparant nos spectacles ! Par exemple dans la conférence « voyez vous ce que je vois ? », on a notamment trouvé un système infaillible qui sert à compter le nombre de personnes présentes autours d'une table ou dans une salle, sans se compter soi-même. Car en général, soit on se compte soi-même deux fois, soit on oublie de se compter.
Notre système est assez performant : chacun annonce le nombre de personnes qu'il voit, on additionne le nombre de personnes vues par chacun et on le divise par le nombre de personne que l'on voit soi-même. Faisons l'expérience : je vois trois personnes, François voit trois personnes, Bettina en voit trois et Julien en voit trois : ce qui fait 3+3+3+3=12, somme que je divise par le nombre de personnes que je vois : 3.
Or 12 divisé par 3 égale 4. Nous sommes donc bien 4 à cette table.

[Illustration : Photos © Grand Magazin]
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