Pour sa réouverture, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris réunit 90 toiles, des dessins et photos de l'artiste Pierre Bonnard. Dans ce parcours éclatant, la mélancolie n'est jamais très loin du bonheur.

Dès l'entrée, saisissant, sur fond jaune vif, le triptyque Méditerranée, qu'avait commandé Ivan Morozov pour décorer le palier du grand escalier de sa demeure. La mer en fond, et les arbres luxuriants. Deux enfants jouent. A gauche, à l'ombre d'une balustrade, Marthe, la femme aimée. Et souvent le même sentiment de quiétude, palpable. C'est une femme alanguie sur un lit (Le sommeil), une farandole d'enfants, l'étreinte d'amoureux noyés dans la végétation (Le printemps). Une certaine idée du bonheur, celle de Pierre Bonnard.

Autre modernité
Après plus de deux ans de travaux, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris rouvre ses portes. Outre la (re)découverte des collections permanentes, enrichies, c'est donc l'occasion d'un superbe hommage à ce peintre majeur du XXe siècle (1867-1947), plus de vingt ans après une rétrospective que lui consacra le Centre Pompidou. Celui que Suzanne Pagé, directrice des lieux, considère comme « figure marquante d'une modernité autre ». D'abord membre des Nabis, tout comme Vuillard et Roussel, et marqué par les influences japonaises, puis usant d'une palette plus impressionniste. Le peintre des paysages, intérieurs et extérieurs. L'artiste critiqué par Picasso -qui qualifiait son travail de « pot pourri d'indécision »- et défendu par Matisse. L'amoureux de Marthe qui, toute sa vie, la suivit pour immortaliser, sacraliser presque, ses gestes les plus quotidiens... Jusqu'à faire naître une série de nus magnifiques. Ainsi Le cabinet de toilette au canapé rose. Et les nombreuses Toilettes, comme autant de cascades de couleurs claires et de reflets, de nuances de blanc et de gris bleutés sur baignoires émaillées. Tout n'y est que calme et volupté. « L'œuvre d'art, un arrêt du temps » : l'expression même de Bonnard donne son nom à l'exposition. Partout le temps s'est figé. Et fige Marthe, près de quarante ans durant, dans une jeunesse éternelle.

Inquiétude et gravité
Jeunesse et quiétude donc, mais pas mièvrerie. Car derrière le bonheur vu par Bonnard, se niche souvent la mélancolie. « Celui qui chante n'est pas toujours heureux », disait-il. Et il suffit d'observer sa série d'autoportraits pour s'en convaincre. Dans la dizaine de séquences thématiques qui composent l'accrochage (des décorations aux nus, des intérieurs aux natures mortes, en passant par les paysages), l'une est intégralement consacrée à sa propre représentation. Jeune homme fluet arborant de fines lunettes, ou vieil homme aux allures de bonze, entre 1889 et 1945, son visage est ici empreint d'inquiétude, là d'une fragilité certaine, et presque toujours de gravité. Une gravité qu'on retrouve dans les portraits signés Henri Cartier-Bresson. On aimera enfin, au détour de deux vastes salles, découvrir la petite cuisine du peintre. Dans une pièce consacrée à ses dessins et photos, une vitrine abrite tous ses agendas de 1927 à 1946. Chaque jour, Pierre Bonnard y griffonne des formes, pour certaines préambules d'œuvres à venir. Et chaque jour, il décrit d'un mot le temps qu'il fait. « Couvert », « pluvieux », « vent ». Mais dans ses toiles, le ciel est toujours au grand bleu et la lumière éclatante... Notamment dans l'embrasement des dernières toiles (comme l'Atelier au mimosa), présentées en baisser de rideau comme un bouquet final réjouissant.

Jusqu'au 7 mai, Musée d'art moderne de la Ville de Paris
11, avenue du président Wilson- Paris 16e.
01 53 67 40 00
Tarifs de 4,5 à 9 euros

[Illustration : 1. Le Cabinet de toilette au canapé rose - 1908, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, Photo Speltdoorn © ADAGP, Paris, 2006 | 2. La Méditerranée (triptyque) - 1911, Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg © The State Hermitage Museum © ADAGP, Paris, 2006 ]

Nedjma Van Egmond



Sur le web :
- Le site du Musée d'Art moderne de la ville de Paris


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