Au théâtre de l'Odéon jusqu'au 25 mars 2006
Aujourd'hui, le pouvoir c'est l'argent. Alors André Engel transpose l'histoire au début du 20e siècle, dans l'entre-deux guerres. Le roi Lear devient Citizen Lear, son royaume la société Lear Enterprises. Un Roi Lear business en demi-teinte, interprété par Michel Piccoli. Comment monter cette pièce sur la folie sans en faire trop (peu) ?
Citizen Lear
Aujourd'hui, le pouvoir c'est l'argent. Alors André Engel transpose l'histoire au début du vingtième siècle, dans l'entre-deux guerres, époque qui évoque autant la prospérité économique, synonyme de la gloire passée de Lear, que l'imminence d'un chaos. Le roi Lear devient Citizen Lear, son royaume la société Lear Enterprises. Dans un tel contexte, les hommes portent des costumes sombres, les filles sont frisées au fer, les messages se reçoivent par téléphone et les sentiments sont sacrifiés à la froideur du monde des affaires.
Comme au cinéma
La salle des ateliers Berthier, avec ses allures de gigantesque entrepôt, est parfaitement adaptée à cette transposition business. En fond de scène, illuminée en bleu, une immense baie vitrée, avec la raison sociale de la société en lettres inversées. Les intérieurs cossus sont simplement suggérés : ici, un siège en cuir, nous sommes chez Lear, là, un plafond de lustres de cristal et un piano, nous voici chez Goneril, là encore, trois grandes portes en chêne et un pick-up, voilà le domaine de Gloucester. De la même manière, quelques éléments suffisent à figurer les espaces extérieurs : portes coulissantes pour les abris de fortune, quelques feuillages pour le repère du pauvre Tom, neige qui tombe sur un espace nu pour la lande... L'attention se déplace d'un lieu à l'autre au gré des éclairages, dans un défilement de séquences quasi-cinématographique. Les noirs sont particulièrement beaux. Beaux et magiques : ainsi de l'apparition inattendue, dans la première scène, des trois filles de Lear, chacune leur tour, sur le siège face à leur père.
Une interprétation au ras du texte
Faire de Lear un homme d'affaires, ce n'est pas tendre vers un lyrisme fou. Et de fait, André Engel nous propose un roi Lear tendance réaliste. Le texte, dans sa traduction très actuelle de Jean-Michel Déprats, supporte d'ailleurs parfaitement le ton naturel adopté. Les personnages, Lear en tête, agissent tout en retenue, dans un calme étrange. Michel Piccoli, qui interprète Lear, a l'âge exact du rôle, quatre-vingts ans. Il n'a même pas à jouer : son souffle fatigué, son aura naturelle, sa silhouette imposante, il est le roi Lear. Mais du coup un Lear bien posé et tellement flegmatique dans ses discours insensés qu'on a du mal à percevoir la perte de raison. Les autres comédiens le suivent dans ce jeu très au ras du texte. Seul Gérard Watkins, curieusement, place son jeu d'acteur à un autre niveau, en composant pour Edmond, le bâtard mal dans sa peau, une démarche malhabile, une voix nasillarde et un phrasé sournois.
Un réalisme froid
Autour de tant de passions contenues, l'orage gronde, beaucoup et souvent, car il faut bien qu'une certaine tension, inhérente au texte, jaillisse de quelque part. Avec parfois un décalage désagréable entre la violence des coups de tonnerre et la faiblesse du volume des voix. Le public sursaute également à quelques attaques d'explosifs au niveau sonore particulièrement élevé. Artifices qui ne suffisent pas à départir le spectacle d'une vraie froideur très décevante. On aurait aimé un peu plus de folie...

Le Roi Lear
De William Shakespeare
Mise en scène André Engel
Texte français : Jean-Michel Déprats
avec Nicolas Bonnefoy, Rémy Carpentier, Gérard Desarthe, Jean-Paul Farré, Jean-Claude Jay, Jérôme Kircher, Gilles Kneusé, Arnaud Lechien, Lucien Marchal, Lisa Martino, Julie-Marie Parmentier, Michel Piccoli, Anne Sée, Gérard Watkins
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Philoctète à l'Odéon
Un chef d'œuvre méconnu et un grand acteur, Laurent Terzieff : Philoctète, une pièce à ne pas manquer.
Hommage à Diaghilev
Tapis rouge à l’un des ballets les plus prestigieux de Russie et à l’un de ceux qui en a écrit les plus belles pages de son histoire : Serge Diaghilev.