Dossier Digima
Si Internet se dessine comme le support béni des nouvelles narrations de l'audiovisuel et du cinéma, la fiction documentaire, elle, semble épargnée par sa considération. C'est un dogme en effet : l'image dessert le divertissement mais pas toujours l'information, davantage privilégiée par l'écrit. Le web-documentaire existe pourtant... comme un mix de l'un et de l'autre.
Illustration type : le site Asile de nuit est un journal de bord écrit par le cinéaste Nicolas Klotz. Le réalisateur l'a conçu pour documenter deux de ses productions : Paria et Un ange en danger, rediffusée le 24 février dernier sur Arte. Pour sommer une réflexion sur l'exclusion sociale, Klotz y accumule ses entretiens vidéo ou textuels auprès de sociologues, de philosophes et des acteurs de la rue. L'entreprise est noble ; seulement, plutôt que de devenir ce « lieu-refuge donnant hospitalité à la pensée » désiré par l'auteur, elle n'arrive à se départir de ses alibis - les deux fictions-réalités - et se transforme en « bonus » promotionnel. Son forum, lui-même, s'inscrit comme un cumul d'avis de spectateurs à propos de la diffusion d'Un ange en danger sur Arte. Manque d'interactivité sûrement, le site n'est plus réactualisé depuis juin 2001.
Répondre aux exigences de l'internaute
Le genre s'avère toutefois, dans la grande famille du digima, comme le plus évolutif. Il prend des risques, expérimente diverses combinaisons de médias, ce pour répondre au mieux aux exigences de l'internaute : l'informer, le divertir, l'associer au contenu. La société de production Plokker s'est ainsi unie dernièrement à Arte pour prolonger deux soirées Théma sur le web, l'une sur le legs de Freud à la psychanalyse, l'autre arborant le cinéma de Yasujiro Ozu. Rêveries et Ozu se présentent comme des parcours interactifs mêlant culture audiovisuelle et animations immersives, à l'intérieur desquels le spectateur va à la rencontre de l'information en suivant une trame non linéaire ; il fait office de cadreur.
L'exercice atteint une certaine harmonie avec 360degrees.org. Conçu en janvier 2001 par le studio Picture Projects, ce web-documentaire plonge le spectateur au cœur du système carcéral américain. Tourné avec la technologie QuickTime VR (offrant des panoramiques à 360°), il habilite ce dernier à partager, avec une impression de 3D, l'univers des huit détenus, sujets du doc. Visite des cellules ou de leurs anciens foyers, le tout sur fond d'entretiens audio de leurs proches, des gardiens, du psy ou d'eux-mêmes. Le film inaugurera le festival du web-documentaire organisé pendant l'année du documentaire (décembre 2002 - février 2003) par Arte et le Centre Pompidou. Une initiative consacrée aux apports multimédia dans le doc, qui s'achèvera malheureusement au bout de la première édition.
« Télévision par ceux qui la font »
Le concept de « télévision par ceux qui la font » prolifère pourtant. On zoomera ainsi sur le carnet de voyage vidéo mis en ligne par David Kidman au sein du site Critical Secret. Ce journal interactif en temps réel, baptisé Hot Society in Progress, est loin d'être un cas isolé aujourd'hui. Au cœur de Katrina, combien de vidéastes amateurs se sont-ils rués sur le Net pour diffuser leur reportage inédit ? Une progression qui tend à démontrer que la maxime de Robert Drew n'est pas si éloignée que cela de ce nouveau médium.
- Sommaire
- Introduction. De l'autre côté de l'écran
- Chapitre 1. L'animation sur Internet
- Chapitre 2. Le court, pacha de l'e-generation
- Chapitre 3. Le « web-documentaire »
- Chapitre 4. Grand écran et World Wide Web
- Chapitre 5. La pub en ligne fait son cinéma
- Chapitre 6. Les « immersive movies »
- Epilogue. Les rendez-vous gaulois du digima

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