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Premier visage du digima, les web-animations doivent leur plébiscite à quelques cinéastes esthétiques et séditieux du machinisme hollywoodien. Burton, Lynch et consorts se sont ainsi érigés en pionniers de la révolution digitale, bientôt suivis par foule de padawans de la palette graphique. Aux aguets, une poignée de promoteurs pressés de conquérir cet eldorado naissant. Qui a dit utopie ?
Début 2000, Tim Burton brûle d'adapter sur la toile un recueil de nouvelles démarré deux ans plus tôt sous l'interminable et loufoque intitulé La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires. La caravane Flash passe et Stainboy naît. Cette série de six épisodes narre en prose les péripéties fantasmagoriques d'un garçonnet chétif et timide qui, le temps d'enfiler cape et combinaison moulante exhibant un grand S sur le thorax, fuit sa réalité sordide pour combattre nombre de monstres pseudo imaginaires tels Staregirl, la fille aux yeux qui fixent, ou Toxic Boy, le gamin contagieux.
Peut-être le réalisateur de Big Fish s'est-il fait le prédicateur de la technologie bon marché, toujours est-il que dans les mois qui suivent, nombre de ses confrères se convertiront à la religion Macromedia. Ainsi admirera-t-on le singulier Dumbland, chroniques disjonctées de l'Amérique profonde signées David Lynch. Récemment, c'est Clone Wars qui rafle la mise du marché de l'animation on-line. Parrain de l'entreprise, George Lucas (dont le flair merchandising ne s'estompera décidément jamais) comble ici l'impatience des Star Wars addicts en proposant cet interlude épisode II / épisode III.
« Fuite des pinceaux « Flash a été le sésame financier de maintes sociétés audiovisuelles sur le web » . Eric Oldrin marque ses débuts chez Shockwave, filiale de Macromedia. Il participe entre autres à la production de Stainboy et Dumbland et assiste par la même occasion au débarquement de ce nouveau marché cinématographique. En tête du cortège dès 1999, Atom Films. Pariant sur la survie du film d'animation, cette start-up n'a cessé de prospérer grâce à une sélection drastique de fictions vedettes, à l'instar des productions Aardman (Rex the runt, Angry Kid). Le géant fonctionne aujourd'hui comme une salle de cinéma virtuelle avec près de 120 chaînes et 1500 catalogues rachetés à la firme Shockwave.
De l'autre bord de l'Atlantique, le dynamisme s'avère plus timide du fait du retard hexagonal en matière d'équipement au réseau. Une dizaine de sites commencent seulement à se faire connaître par le biais des portails, le plus foisonnant étant Bechamel.com. A l'heure où beaucoup de graphistes gaulois s'expatrient sur les terres de Disney et Pixar, on est en droit de se demander si le Net pourra retenir cette « fuite des pinceaux ».
Eric Oldrin, lui, est déjà à vingt mille lieues d'un tel dilemme. Propulsé président du diffuseur californien Telepathic Transmissions, son défi consiste dorénavant à pulluler de contenu flash les supports télé et DVD, sur des séries grand public, grandes échelles (Spiderman : the animated series, Sabrina l'apprentie sorcière, Lizzie MacGuire).
Ouvriers du livre, pub, jeux vidéo
Sans considération pécuniaire ou presque, les web-animations ont à quelques reprises fait office de tremplin ascensionnel pour quelques graphistes anonymes. Ouvriers du livre, originaires d'Australie, les frères Lycette comptent parmi ces feuilletonistes encensés par les internautes. Derrière leur quart d'heure de gloire, Not my type un soap satirique sur la vie de bureau, version Caméra Café sauf qu'ici les protagonistes sont des caractères typographiques.
Xiao Xiao se pare d'un graphisme tout aussi sobre. On ne présente plus ce bonhomme dessiné au trait fin et noir, dont la parenté reviendrait par contre à un personnage plus qu'énigmatique : Mr Zhu. Aujourd'hui, les apparitions de cette mascotte se recensent par centaines dans des parodies de licences cultes (Matrix, la Panthère Rose, les jeux Super Mario et Pong), jusque dans la dernière campagne publicitaire d'Heineken. Du côté des Français, la palme revient à Olivier Janin et la team cHmAn, géniteurs de la célèbre tribu reggae Banja qui, après avoir ensorcelé le réseau par ses épisodes musicaux, prête depuis ses couleurs vertes et jaunes à une série TV et un jeu PS2. Planquez Mickey, Daffy et Homer, les petits nouveaux du wired sabordent l'autre « écran ».
- Sommaire
- Introduction : de l'autre côté de l'écran
- Chapitre 1. L'animation sur Internet
- Chapitre 2. Le court, pacha de l'e-generation
- Chapitre 3. Le « web-documentaire »
- Chapitre 4. Grand écran et World Wide Web
- Chapitre 5. La pub en ligne fait son cinéma
- Chapitre 6. Les « immersive movies »
- Epilogue. Les rendez-vous gaulois du digima

[Illustration : 1 Zaïoli © Sofi, 2 Stainboy de Tim burton , 3 Banja par TeamcHmAN]