| . | Entretien avec Albert Serra |
| . | Entretien avec Rachida Brakni |
| . | Entretien avec George Clooney |
| . | Entretien avec John Hurt |
| . | Entretien avec Alex de la Iglesia |
| . | Toutes les interviews ciné |
| . | La Mouche |
| . | Les Sept jours |
| . | Sonic Mirror |
| . | Valse avec Bachir |
| . | Diary Of The Dead - Chronique des Morts-Vivants |
| . | Toutes les critiques ciné |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Super héros et cinéma |
| . | Cinéma et Rock'n'roll |
| . | Tous les dossiers ciné |
Deux hommes et une femme sont en fuite. Ils ne se connaissent pas mais, impliqués dans la même affaire, ils sont liés par leur condition de hors la loi. Le film débute dans un port de pêche où ils embarquent clandestinement.
Un large cadre de l'image dans lequel viennent s'intercaler quelques gros plans et l'absence de parole ouvrent notre attention à l'atmosphère du lieu, au bruit du vent, des vagues, des oiseaux. Ainsi passe au premier plan ce qui constitue dans une fiction conventionnelle le fond sur lequel l'action se détache. Fond sonore, espace global, aucune action ne se détache ici qui viendrait découper l'image en parcelles d'intérêts différents, concentrer le sens dans quelque endroit privilégié de focalisation et finalement, hiérarchiser l'espace filmé selon les besoins d'une narration. L'image est à prendre en bloc, Freedom met en scène un écho du monde, une rumeur échappée d'histoires que les mots sont impuissants à dire.
Sharunas Bartas trouve dans le renoncement à la parole une ascèse qui lui ouvre des horizons rarement explorés. Insensiblement le montage glisse vers une abstraction lyrique qui met la suite des plans en correspondance avec la plasticité souveraine du cinéma expérimental. Cette absence de parole intervient aussi dans la description des relations qu'entretiennent les trois personnages. Liés par leur fuite ils forment une étrange communauté privée des plus rudimentaires possibilités du langage. Une des répliques du film qui en comporte dix au plus est "Comment tu t'appelles", adressé par Dizzy (Valentinas Masalskis) à Fabia (Fatima Ennaflaoui) qui lui répond dans sa langue : "Je ne comprends pas ce que tu dis". Pour chacun d'eux le "prochain" (celui qui partage ma condition) est inaccessible bien que sa présence soit la seule possible et qu'elle soit nécessaire. Chacun est pour l'autre, comme la caméra, essentiellement un regard, témoin muet de son existence.
Pourchassés en mer par la police, Dizzy, Fabia et Rotamon échouent pour finir sur une côte désertique à l'ouest du Maroc et se perdent lentement dans les étendues illimitées de l'océan d'où ils viennent et du désert où ils entrent. L'échelle humaine à laquelle se tient la caméra de Sharunas Bartas tout au long du film rend ces espaces, les seuls ouverts à leur désir de liberté, vertigineux. Les personnages, armés pour s'y mouvoir seulement de leurs jambes, s'y retrouvent cloués. Sans repère pour s'orienter, leur marche est vaine. Elle devient mentale, une expérience pure et folle de la marche, privée de but à atteindre.
Ainsi le réalisateur montre-t-il à sa manière violente, sans concession, la liberté comme une expérience aux limites de la société, du sens, des mots. Freedom est un film exigeant dont l'étrangeté et le minimalisme sont, parce-qu'ils offrent l'expérience d'un cinéma radicalement différent, une école de tolérance pour le spectateur qui, s'il accepte de partir à l'aventure, en reviendra hanté d'images superbes et mystérieuses.
Freedom
Réalisé par Sharunas Bartas
Portugal, France, 1999
Durée 1h34
Avec Valentinas Masalskis, Axel Neumann, Fatima Ennaflaoui
Sortie salle France 13 décembre 2000.