Après la catastrophe de Tchernobyl, en avril 1986, la plupart des familles habitant la région ont fui les retombés radioactives. Seules six d'entre elles sont restées là, envers et contre tout, vivant à l'intérieur d'une zone interdite.

Hommes, femmes et enfant s'accrochent à la terre de leurs ancêtres, et y poursuivent leur existence apparemment banale. Au début des années 90, Seiichi Motohashi, intigué, leur consacre un recueil de photos. Puis, désireux de faire partager leur sort au plus grand nombre, il y revient en 1997 pour réaliser ce premier film documentaire. Son projet est de filmer la vie, celle qui va d'elle-même, malgré toutes les épreuves et l'adversité, telle la mousse sur un rocher. Il enregistre l'organique confronté à l'inorganique, la lutte incessante des pulsions de vie et de mort.

La radioactivité plane dans l'air, s'insinue, invisible et insensible, dans le quotidien de la localité de Dudichi. Elle laisse cependant des traces , comme ce village fantôme, littéralement effacé de la carte et dont seule l'atmosphère conserve encore la sensation. Ou, indirectement, par la présence de barrières et de panneaux signalant la contamination du lieu. Mais, à côté de la quiétude et de la normalité des derniers habitants, les signes de la catastrophe écologique sont rares, peut-être trop. La raréfaction de ces derniers fait ainsi en partie échouer le projet du japonais. Aucune information n'est donnée au spectateur quant à la situation historique et géographique du village. L'œuvre devrait se suffire à elle-même, et prendre en compte une éventuelle ignorance de la situation. Le lien avec la catastrophe de 1986 est totalement implicite, et seuls quelques plans permettent de comprendre qu'un danger sanitaire les menace. Cette abstraction aurait pu nous amener vers une dimension fantastique, atteinte par instants. Mais le plus souvent, le film reste coincé dans des gestes prosaïques dont l'intérêt n'échappe pas à l'exotisme.

Néanmoins, sans être intéressant de bout en bout, le film est touchant. La façon qu'à Motohashi d'interroger la surface des choses et des êtres, au delà de leur apparente quiétude, ne manque pas de talent. Et malgré la gravité du sujet, nous ne sommes pas dans l'environnement mortifère du Stalker de Tarkovski. Ici, la vie prend le dessus, y compris à travers l'agrandissement progressive du cimetière. Les plus âgés reviennent au village pour y mourir et s'y faire enterrer, faisant lien avec leurs ancêtres. Et ils savent que, même si les maisons se dépeuplent, leurs enfants continueront à jouer et à grandir, malgré tout.

Le Village de Nadya
Réalisé par Motohashi Seiishi
Japon, 1997
Durée 1h58

Manuel Merlet