Le retour du rock électrique entériné, il est temps de replonger dans son histoire, et qui mieux que les rock critiques pour nous guider à travers les fantastiques 70's ? Story plus très secrète d'une faune remplie d'écrivains ratés ou réussis, de visionnaires épiques et partisans qui se foutent autant de l'objectivité que de la marque des guitares.

A la fin des années 60 à Paris, le petit milieu de la contre-culture est sous une double influence : d'une part, le souffle post mai 68, qui entraîne tour à tour grands espoirs et profondes déceptions, et d'autre par cette nouvelle culture revendicatrice en provenance des Etats-Unis, emblématisée par un courant littéraire synonyme de sang neuf : La Beat Generation. Si c'est le mouvement hippie qui reprend largement à son compte ces nouveaux auteurs du voyage, physique et psychologique, à travers les vastes paysages de l'Ouest comme les drogues les plus hallucinogènes, Kerouac, Burroughs and co auront aussi des rejetons plus torturés et bien moins peace and love.
Lester Bangs, alors adolescent, se passionne pour ce mouvement à peu près autant que pour la musique. En 1969, âgé de 20 ans, il voit son premier texte, envoyé à la rédaction Rolling Stone dans un geste de rage, publié par la mythique revue.

La Free press décolle
Au même moment, la presse évolue tant et si bien que l'on parle de New Journalism. Hunter S. Thompson invente le Gonzo et de nouvelles revues se créent régulièrement, aux styles plus directs, plus délirants, et souvent plus engagés. Creem, nouveau magazine musical devenu depuis une référence, voit le jour en 1970. Bangs rejoindra très vite la rédaction, qui vit en communauté dans une grande maison dans le Michigan, l'occasion pour lui de quitter le foyer familial. Très vite, le style incisif et plein de fougue de Bangs fait des émules. Nick Kent, qui écrit alors au New Musical Express, la bible musicale anglaise, vient le rencontrer et passe plusieurs mois en sa compagnie. En France, Yves Adrien connaît et apprécie aussi beaucoup Bangs.
Des deux côtés de l'Atlantique, conséquence des grands bouleversements politiques dans la société, la Free Press décolle. Suivant le modèle américain, des publications auto-financées, underground, du type fanzine, abordent ouvertement tous les sujets possibles. Côté musique, ce sont le Pop, le Zinc et surtout le Parapluie, dans lequel écrira Yves Adrien, et enfin Actuel qui voient le jour en 1970. En 1973, naissance de Libération, quotidien de gauche engagé et (déjà) secoué par des luttes internes perpétuelles, qui le fragiliseront pendant longtemps. Dans ce grand mouvement, les jeunes plumes trouvent à s'exprimer, Yves Adrien, le premier, passera de Parapluie à Rock'n'Folk, où il tient une chronique mensuelle. Alain Pacadis devient pigiste à Libération en 1973. A cette époque, les Stooges et le Velvet Underground ont déjà sortis leurs meilleurs album : l'Histoire du rock peut enfin recommencer.

Et si on descendait underground ?
Un petit groupe de très jeunes gens, ils ont souvent à peine 20 ans, réinvente l'actualité musicale, la déplaçant vers l'underground. Yves Adrien est un pur dandy. Très marqué par la nouvelle scène rock new Yorkaise - New York Dolls, Velvet, Stooges, MC5, Ramones, Television - qui s'oppose violemment au rock progressif du moment, Adrien n'aime rien tant que sa brutalité électrique, citadine et nocturne. Grand théoricien de la musique, il sent que l'avenir est là, et entraîne à sa suite Patrick Eudeline et Alain Pacadis. Ils ont leurs lieux, au premier rang desquels l'Open Market, Le magasin de disques créé par Marc Zermati, qui permettait de découvrir ces groupes dont le nom et encore moins les disques n'avaient alors traversé la Manche ni l'Atlantique, parfois sélectionné par Yves Adrien, qui y fût un temps vendeur.
Le trio fonctionne parfaitement : "Zermati découvre les groupes, Adrien théorise et Pacadis vulgarise, chroniquant au jour le jour dans ses futurs articles à Libération la naissance d'une scène qui s'appellera Punk."(in l'Esprit des Seventies). Toute la bande se retrouve régulièrement à la Coupole, où elle finit ses soirées, comme 40 ans plus tôt l'avant-garde parisienne des parnassiens, au Gibus, où les concerts les plus rocks se déroulent, à l'école des Beaux Arts, où le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) organise ses assemblées tous les jeudis, à la Cinémathèque française de Langlois, où elle débute souvent ses soirées, à Londres, où elle part à la recherche de la nouvelle tendance, dans l'appartement de Pacadis, où les nuits jouaient des prolongations sans fin, à la Pizza du Marais (qui deviendra le Théâtre des Blancs-Manteaux), où débutent les Stinky Toys...
Outre les disques et les revues anglo-saxonnes importées, « la bonne parole » est aussi transmise par tous ceux qui ont séjourné aux Etats-Unis, parmi lesquels Elodie Lauten, qui revient de New York, où elle jouait dans un groupe rock de filles, les Flaming Youth. Pacadis en fera son égérie Punk, alors que l'Histoire ne nous laisse que peu de traces... Et bien sur, pour marraine de cette nouvelle scène rock parisienne, une éternelle nomade de la contre-culture, Nico, qui vit à Paris depuis qu'elle a rencontré Philippe Garrel, en 1969/70. Elle sera une amie proche de Pacadis et d'Adrien, et leur parlera longuement de tous ceux qu'elle a si bien connu : toute la Factory d'Andy Warhol, et ses amants Jim Morrison, Brian Jones, Bob Dylan, Lou Reed, John Cale. Dans cet environnement mouvementé, entre les dissentions politiques, les fantômes des héros disparus, l'héritage du Velvet, le dandysme rock, un homme a vu clair. White Flash. Entre 1972 et 1974 il signera ses textes pour Rock'n'Folk : Eve - Sweet Punk - Adrien.

Repères bibliographiques
-Un jeune homme chic, Alain Pacadis, Denoel, 2002 -L'esprit des Seventies d'Alexis Bernier, Grasset, 1994 -Underground, l'Histoire, J.F. Bizot, Denoel, 2 -NovöVision, Yves Adrien, Denoel, 1980 2001, une Apocalypse rock, Y. Adrien, Flammarion, 2000 -F pour Fantomisation, Y. Adrien, Flammarion, 2004 -L'Aventure punk, Patrick Eudeline, Sagittaire, 1977 -L'Après-Mai des faunes, Guy Hocquenghem, Grasset, 1974 -L'Enfant du rock, Philippe Manoeuvre, Lattès, 1985

- le sommaire
- L'histoire de la critique rock (intro)
- Lire le portrait de Lester Bangs
- Lire le portrait d'Yves Adrien
- Lire le portrait d'Alain Pacadis
- Lire l'entretien avec Philippe Azoury
- Lire la critique rock dans le texte

Sur le forum :
Quel avenir pour la critique rock ?

Laurence Reymond



Sur le web :
rockcritics.com : le site de référence (en anglais) sur les critiques rock et une interview riche de Lester Bangs
-l'un des sites les plus complet sur les différentes tendances de l'underground parisien de l'époque.

Catherine Faux a capturé tous les participants et les évènements marquant.

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- Lire aussi notre Petite histoire du rock
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