Suite de la visite critique de l'expo John Lennon à la Cité de la musique


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Sans vraiment crier gare, l'exposition passe de la période Beatles à celle plus « art moderne » où John Lennon vit et crée avec son épouse Yoko Ono. Rien de tellement surprenant dans le virage de l'artiste, amorcé en 1968 quand Lennon et Ono consomment enfin leur relation (ils s'étaient rencontrés en 1966 lors du vernissage d'Ono dans la prestigieuse Indica Gallery de Londres, soutenue par le chanteur).

La grande salle (450 m²) dédiée à la période « Ono » de Lennon est entièrement blanche. Blanche comme l'expression d'un renouveau, tranchant nettement avec les couleurs bariolées de la partie Beatles de l'expo. Le blanc « John Lennon », évoquant plus ou moins à dessein le « vrai » Lennon.

Créations à quatre mains
Des petites pièces sont séparées du hall principal par des tentures noires. Elles montrent des vidéos de concert : Lennon et le Plastic Ono Band, la formation qui succéda aux Beatles, avant même la séparation officielle du mythe. La musique est minimaliste, expérimentale et moyennement excitante. Mais le compositeur semble trouver son équilibre dans cette nouvelle relation à l'art... et à la femme. Lennon affirmait souvent qu'il trouvait en Yoko Ono son égale, une épouse capable de l'accompagner dans son évolution artistique, qu'il sentait freinée au sein des Beatles.

S'étalent ensuite, avec un soin impressionnant, les créations à quatre mains de Lennon et Ono durant les années 1970. Depuis leur échiquier totalement blanc, ode au pacifisme car, une fois gommées les différences de couleur des pièces ou du damier, il ne peut y avoir de partie ; et sans combat, il n'y a ni gagnants, ni perdants.

A peine plus loin, une partie de la salle est réservée à la chanson (à l'hymne) de Lennon : Imagine. Un Grand Piano blanc propose à qui veut s'y essayer de jouer la chanson. Partition fournie, et un casque aussi, histoire de garder ses fausses notes pour soi-même. Une autre vidéo montre quelques extraits des sessions d'enregistrement de Imagine : Lennon joue du piano, Lennon réfléchit sur la mélodie, Lennon est sympa. La sensation légèrement idolâtre que l'on ressentait dans la salle consacrée aux Beatles revient à la charge. On nous montre des objets, des vidéos sur le mythe John Lennon, mais anecdotiques. Des images, mais pas d'explications.

Musique au hasard des murs
En continuant à arpenter la salle, on tombe sur le lit où Yoko Ono et son époux avaient tenu leur célèbre bed-in à Amsterdam en 1969. Un an après l'assassinat de Martin Luther King, en pleine guerre du Vietnam et à l'aube du printemps de Prague, ils tentaient de propager leur message de paix. Un message qui deviendrait un véritable leitmotiv. En témoignent les affiches de la campagne publicitaire pour la paix de 1972, « War is Over... if you want it », exposées ensuite. Côté musique, les disques sortis par le combo Lennon/Ono sont fixés au hasard des murs, tous écoutables en intégralité.

Le « lost week end », c'est-à-dire les 18 mois (entre 1973 et 1974) durant lesquels la star s'est séparée de sa femme et a renoué avec son ancien mode de vie rock'n roll, est évoqué en surface. Outre quelques photos de fête avec son vieux compère Ringo Starr ou Keith Moon (le bassiste des Who), l'expo se limite à présenter quelques participations de Lennon à des disques. En tant que producteur, ou en tant qu'interprète avec d'autres artistes (comme David Bowie pour le titre Fame). La plupart de ces collaborations sont librement écoutables sur une réplique du Juke-Box que possédait Lennon.

Avant d'accéder à la dernière pièce de l'expo, celle de la mort du compositeur, une cabine propose de visionner les clips vidéo de la dernière décennie de la vie de Lennon. Pas vraiment des chefs d'œuvres d'esthétisme mais de parfaits témoins de l'état d'esprit alors un peu « rangé » du compositeur. Sa carrière musicale s'achève en 1975, à la naissance de Sean Lennon, lorsque l'ex-Beatles, icône mondiale du pacifisme, artiste mythique, redessine ses priorités et endosse avec ravissement le rôle, encore rare à l'époque, de père au foyer.

Histoire sans fin ?
John Lennon meurt à New York le 8 décembre 1980. A l'époque où la new wave explose, réveillant son envie de replonger dans l'univers musical. Il est abattu de cinq balles dans le dos par un déséquilibré nommé Mark David Chapman, en sortant d'une séance de mixage. La Cité de la Musique traite la mort de l'artiste de façon toute délicate : un rappel des faits sur un écriteau, puis une salle sombre munie d'une banquette et d'un écran. Dessus, est projeté en boucle un film hommage de dix minutes, réalisé par Raymond Depardon, de passage à New York au moment fatidique. Sa caméra a su capter avec sobriété la douleur exprimée par les milliers de fans rassemblés à Central Park pour pleurer John Lennon, une semaine après sa fin tragique.

Sorte de conclusion participative à l'exposition, le Wish Tree est une installation de Yoko Ono. Un moment de repos et de méditation après le foisonnement créatif de John Lennon. Il s'agit d'un arbre, un arbre simple, sur lequel les visiteurs sont invités à accrocher un petit mot. Avec ses dessins d'enfants, paroles de fans ou poèmes pacifistes, au milieu desquels pointent (forcément) quelques insultes ou vulgarités, le Wish Tree clôt l'exposition de fort belle manière. Par l'image d'un petit arbre portant courageusement l'héritage de John Lennon, un héritage parfois un peu béat, mais principalement fait d'amour et de musique.

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John Lennon : Unfinished Music
Exposition à la Cité de la musique
221, bd Jean-Jaurès, 75019 Paris
Jusqu'au 28 juin 2006

Cédric Bégoc
Sur Flu :
Aeiou vous parlait déjà de John Lennon
Aeiou vous parlait déjà de John Lennon (deuxième !)
- Flyer vous en parlait déjà sur Playlist, le blog Musique de Flu
- Flyer (quel obstiné !) vous en (re-)parlait déjà sur Playlist, le blog Musique de Flu

Sur le web :
John Lennon sur Ados.fr
Le site de la Cité de la musique
Le site : JohnLennon.com



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