Exposition à la Cité de la musique, jusqu'au 28 juin 2006
Depuis son assassinat en 1980, John Lennon a perdu son statut de mortel pour acquérir celui d'icône. Quel homme était- il ? La Cité de la Musique tente une réponse en retraçant la vie et l'œuvre du môme de Liverpool. Une expo qui verse parfois dans la révérence. Mais qui fait mentir le Lennon qui clamait: "Dès qu'on m'aura mis dans un musée, tout sera fini".
John le Beatles
Puis l'on débarque dans la salle de 350 m² consacrée, forcément, aux quatre garçons dans le vent. A l'intérieur d'une file de cabines téléphoniques londoniennes, sont présentés des enregistrements et des vidéos des premières années de l'entité qui allait devenir l'une des plus grandes légendes de la pop musique. Des reprises de Buddy Holly aux premiers concerts des Beatles, engoncés dans les costumes noirs que leur manager les obligeait à porter (au grand dam de Lennon, épris du libertarisme rock'n roll), ces projections sont alléchantes, et présentent la formation à une époque encore timide, loin des futures expériences du groupe.

On déambule dans la salle, passant des caves de Hambourg au succès des Beatles et, comme un coup de tonnerre, à la Beatlemania mondiale. L'idolâtrie presque effrayante de cette période est sacrément bien représentée. Une immense vitrine montre les objets les plus anodins (couvertures de lit, édredons, pantoufles, réveil matins, figurines, serviettes, tabliers...) frappés des visages des Fab Four ou de leurs attributs distinctifs : McCartney le gaucher, Ringo aux yeux tombants, Harisson et sa coupe de cheveux hirsute et Lennon, ses éternelles lunettes au nez. L'idolâtrie va même jusqu'à contaminer l'exposition, qui se met à aligner les guitares, costumes, instruments divers et un Grand Piano noir (dernier touché par Lennon au sein des Beatles et jamais exposé) avec une exhaustivité pas forcément nécessaire.
Sur des écrans disséminés dans la salle, l'histoire des Beatles continue : la phrase malheureuse de Lennon sur le succès des Beatles « plus célèbres que Jésus » est expliquée par le principal intéressé, arguant qu'il évoquait le phénomène terrifiant de la Beatlemania, et qu'il ne s'agissait pas d'une crise d'ego du groupe. Des extraits de concerts sont projetés. Le son est terrible, les tentatives faites par Lennon de jouer du piano sur scène sont un semi échec. Les concerts, paroxysme du fétichisme, montrent un groupe jouant au milieu des hurlements qui couvrent chacune des chansons. En vidéo, Lennon explique sa frustration, sa tristesse, et le vertige de celui qui est arrivé au sommet. Il dit de lui-même qu'en 1965, à la sortie de l'album Help, il appelait vraiment au secours, qu'il ne se supportait plus, qu'il était dans sa période « Elvis gros ».
Poète un brin mégalo
John commence déjà à se détacher des Beatles, cherchant une raison quasi-métaphysique à son existence artistique. John, poète un brin mégalo, se sent insatisfait. En 1966, le groupe, éprouvé physiquement et mentalement, arrête les tournées et, sous l'insistance de l'obsédé du travail Mac Cartney, se réserve pour les studios. « Les concerts des Beatles n'ont plus rien à voir avec la musique. Ce sont de foutus rites tribaux », lâche Lennon à ce moment, désespéré par la Beatlemania et les polémiques qu'elle a soulevées.
Les écarts cinématographiques des Beatles sont également évoqués, dans une installation somptueuse faite de fauteuils de cinéma et d'un écran sur lequel sont projetés des extraits de films auxquels Lennon a participé. Ils ne sont pas nombreux. Excepté son rôle dans la fable anti-guerre How I won the War (1967) de Richard Lester, la carrière sur pellicule de John Lennon se confond avec celle des Beatles, présentée à travers A Hard Day's Night (1964), Magical Mystery Tour (1967) et le culte Yellow Submarine (1968).
Passons ensuite à l'une des pièces maîtresses de l'exposition : la reconstitution du studio d'Abbey Road, avec son sofa circulaire blanc et les machines préhistoriques qui composent l'essentiel du studio. Voltigeant dans la pièce, les enregistrements des sessions de Revolver et de Sgt Pepper's..., ainsi que les rires et les idées du groupe parviennent à nos oreilles, plongeant les visiteurs dans la genèse créatrice de deux albums monumentaux, qui ont changé le visage de la pop il y a quarante ans.
En sortant de la salle, se trouve un bac à disques (malheureusement peu mis en valeur) à ne surtout pas manquer. Sous ses abords rugueux, il contient la biographie de l'entité Beatles : ses tensions, ses chansons. Prenant l'apparence de vinyles plastifiés, des plaquettes qui retracent l'histoire des albums et de plusieurs perles de Lennon restent superbement ignorées par la majorité des visiteurs, plus attirés par les installations audio et vidéo. Et c'est dommage, parce que ces plaquettes sont probablement l'une des clés essentielles pour saisir la psychologie de Lennon au sein des Beatles : sa rivalité avec McCartney, sa personnalité musicale et l'évolution de sa relation avec les autres membres du groupe, surtout lors de l'enregistrement du double blanc, quand John Lennon impose sa nouvelle muse dans les studios - Yoko Ono .
- Lire la suite de la visite de l'expo
[Illustrations : courtesy Cite-musique.fr et Yellow-sub.net]
Sur le web
Sur le web :
- John Lennon sur Ados.fr
- Le site de la Cité de la musique
- Le site : JohnLennon.com
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