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On attendait avec impatience le nouveau film de Peter Jackson et la nouvelle version de King Kong, lancée à renforts de promo. Ou inversement. Deux en un, c'était alléchant. Hélas ! A trop peaufiner les images, on en oublie parfois les personnages, et le scénario…
Depuis gamin, claironne la promo à qui veut l'entendre, Peter Jackson rêve de réaliser son King Kong. C'est chose faite. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il aurait pu continuer à rêver. Mais non. Il nous livre un remake ultra long du film culte (trois heures), où se mêlent dans le désordre l'action, l'ennui, le spectacle, la caricature, l'explosion numérique, l'erreur cinématographique. Trop long d'abord, donc, son King Kong se perd dans une surenchère de scènes de poursuites, de dégringolades orchestrées, de chutes libres, de rattrapages in extremis, d'affrontements à rallonges. Sans doute resté l'enfant passionné qu'il fut il y a trois ou quatre décennies, excessif, jamais rassasié, Peter Jackson en fait trop et plombe son rêve.
L'exception numérique
Il faut cependant concéder que le film excelle à créer un monde et ses créatures. Depuis la trilogie du Seigneur des Anneaux, on savait que le numérique n'effrayait pas notre homme. Il confirme son talent sur la question, livrant des décors grandioses, peuplés de monstres en tous genres. La principale qualité de King Kong réside ainsi dans le recours au digital et dans l'imagination déployée sur ce plan. Le grand singe, pour commencer, est impressionnant. Allure, expressivité, gestuelle, sonorisation, rien ne lui manque. Chapeau bas. Idem pour l'ensemble des créations dont le film foisonne. Dinosaures, tyrannosaures, insectes imaginaires et autres volatiles prennent vie sans faux pas. Même les indigènes de l'île, tout droit sortis des entrailles du Seigneur des Anneaux, frappent l'œil.

Mais cela ne suffit pas à sauver un scénario bourré de failles. Les personnages manquent singulièrement de consistance et virent vite à la grimace. Les relations entre les protagonistes n'aboutissent pas, à l'exception peut-être de celle qui lie le singe à sa blonde dulcinée. Bref, l'ensemble sent sérieusement la démission, la qualité d'écriture ayant été bâillonnée au profit de l'exploit visuel. Après sa splendide trilogie, on pouvait pourtant croire Jackson à l'abri de pareils écueils. Il avait su signer un mélange équilibré d'action, d'aventure, de mythe, de fantastique, de numérique, de romance. Gérer une histoire, des personnages creusés, un casting de poids, des effets en pagaille. Durant des heures, et avec un vrai plaisir de cinéma. Rien de tel ici. Voyez donc ce grand gorille pour en admirer le pelage ou la dentition, mais n'attendez pas autre chose. Jackson nous a habitué à mieux, alors vivement plus tard.
King Kong
Un film de Peter Jackson
Etats-Unis, 2005
Durée : 3h
Avec Naomi Watts, Jack Black, Adrien Brody…
Sortie salles France : 14 décembre 2005
[Illustrations : King Kong. Photos © United International Pictures]