Bang ! Voilà plus de 50 ans que William Klein explore les multiples facettes de l'image à travers la photographie mais aussi la peinture, le cinéma ou le graphisme. Portrait clap de l'artiste, à l'occasion d'un parcours express de l'expo au Centre Pompidou.

William Klein fait partie des artistes inclassables, tour à tour peintre, photographe, cinéaste ou graphiste. Sa production hétéroclite révèle une force créatrice extraordinaire. A l'aise sur de nombreux supports, il se joue des dogmes et autres formalités, part volontiers à contre-courant : peint de l'abstrait lorsqu'il a comme maître un peintre figuratif (Fernand Léger) « pour tuer le maître », sort les modèles dans la rue quand la photographie de mode se fait en studio, etc. Surtout, William Klein a bousculé la photographie.

Klein, l'affranchi
Au début des années 50, alors qu'il vit à Paris, il rencontre le directeur artistique de Vogue. Ce dernier a vu les photos abstraites que réalise Klein à l'époque et lui propose un contrat. Débute alors une longue fructueuse collaboration, initiant une nouvelle forme d'images. William Klein revient à New York, sa ville natale, et réalise un journal photographique. Sans formation préalable, il s'approprie ce médium, le malmène même, et développe une approche personnelle tranchante et percutante, ignorant les cadrages conventionnels. Il saisit l'atmosphère, l'essence même de la ville. « Ce que les pros auraient jeté au panier était pour moi un matériau excitant. » Suivront Rome (1958), Moscou (1961) et Tokyo (1962). C'est l'intérêt qu'il porte aux personnes photographiées qui engendre un nouveau souffle. Comme il le précise : « Dans mes photos, il y a presque toujours quelqu'un qui regarde l'appareil ». Cette dimension frontale tranche avec le mythe de l'opérateur invisible. Le photographe est pris dans la boucle de circulation de l'œil, complice du spectateur et du sujet lui-même. La ville, les rassemblements, la mode (elle sera son « gagne-pain » durant des années), le sport (il réalisera un documentaire sur les coulisses de Roland Garros, The French), font partie de ses sujets de prédilection.

Mélange des genres
Son talent n'échappera pas à Fellini et Louis Malle, avec qui il travaille sur Zazie dans le métro. A leurs côtés, il va beaucoup apprendre. Ses séries de photos s'avoisinant de plus en plus du montage, il se tournera tout naturellement vers le cinéma. C'est en 1958 qu'il réalise son premier film, Broadway by light. Outre quelques longs métrages de fiction tels que Qui êtes-vous Polly Maggoo (1967) ou Mister Freedom (1968), William Klein s'est davantage intéressé au documentaire, souvent engagé (Loin du Vietnam (1967) ou Grands soirs et petits matins sur mai 68). On notera aussi la réalisation de trois films sur des personnages noirs aux parcours marquants : Muhammad Ali the Greatest (1964-74), Eldridge Cleaver Black Panther (1970) et The Little Richard Story. L'exposition s'attache à présenter le travail de William Klein dans sa globalité. Ainsi, quelques écrans diffusent des extraits de ces films.

L'oeil du peintre
Mais où William Klein va t-il puiser ses références ? Aujourd'hui, la présentation de ses photos au Centre Pompidou, accolées de part et d'autre d'un grand format, rappelle les grandes compositions des peintres de la Renaissance italienne. La dernière salle, celles des Contacts peints, incarne la nef pleine de majesté de l'exposition. Des murs tapissés d'immenses tirages de contacts peints de couleurs vives - « Le geste que tous les photographes du monde font en choisissant une telle image sur la planche contact. » - rappellent tous les éléments du travail de Klein : la photo, le montage, le graphisme, etc. Accomplissement, aboutissement, les qualificatifs pour évoquer ce travail tournent irrémédiablement autour d'une synthèse de fin de parcours. La légendaire sérénité du vieil artiste. Pourtant la vitalité propre à Klein surgit encore, telle une claque !

William Klein
Centre Pompidou
Jusqu'au 20 février 2006
Galerie Sud, niveau 1

Ophélie Lerouge



A lire :
- Livre monographique à venir (début 2006) aux éditions Marval / Centre Pompidou

A voir :
- Les Cinémas de Beaubourg proposent aussi une rétrospective des films de William Klein du samedi 10 décembre au 19 février 2006
- Trois films sont édités en DVD par Arte Vidéo

A voir sur le web :
- le mini-site William Klein pour la réédition du livre choc New York, en 1995
- + d'infos



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