Le coût de la vie augmente, les salaires, non, et partout on licencie. Alors les pauvres se révoltent : les femmes se servent dans les supermarché, les usagers des transports se couchent sur les voies. Peu leur échoit qu'advienne le chaos ou la révolution : ils n'ont rien à perdre... Vive l'Italie des années 70.

Entre la crise italienne des années 1970 et celle de la France des années 2000, n'y-a-t-il pas quelques similitudes ? Dans Faut pas payer ! de Dario Fo, les pauvres se servent dans les magasins, se couchent sur les voies pour obtenir la réduction du prix des transports et protestent contre l'expulsion progammée de leur logement. Ouvriers à l'usine ou à domicile, ils ne gagnent pas assez pour vivre décemment. Les sciences sociales anglo-saxonnes ont forgé le concept de « working poors » pour les désigner. Car la plupart ont encore du travail… enfin, pas pour longtemps. Nous sommes à Turin en 1974 et les usines Fiat commencent à licencier.

Le parti communiste, pour le meilleur et pour le pire, est encore influent auprès des ouvriers. Luigi est légaliste parce que le parti lui enjoint de respecter les cadres de l'État bourgeois et de ne pas se commettre avec les gauchistes. Sa femme, Margherita plus pragmatique, n'a pas ce genre de scrupule et lorsque ses congénères s'élèvent contre l'augmentation des prix pratiqués par le supermarché et exigent le rétablissement de ceux de l'année précédente, elle se joint au mouvement, remplit ses cabas et en paie la somme qui lui semble équitable.

Comment faire avaler cet acte à Luigi ? Cacher la marchandise sous le lit, sous le manteau d'une voisine ce qui contraint Margherita à prétendre que cette dernière se trouve brusquement sur le point d'accoucher.

Les quiproquos se succèdent alors selon un principe d'enchaînement par l'absurde qui rappelle l'art de Feydeau. Le policier chargé de perquisitionner se révèle être plus révolté que Luigi par la paupérisation des ouvriers - il est suivi par son sosie, un gendarme aussi abruti que le premier était éveillé. L'un comme l'autre réapparaîtront au cours de la pièce, dans des situations de plus en plus ahurissantes.

Les acteurs actionnent cette mécanique avec jubilation. Pierre Baux joue les rôles du policier et du gendarme ainsi que quelques autres en donnant à chacun (sauf peut-être au gendarme qui n'en a pas vraiment besoin) une individualité propre. Stéphane Facco et Agathe Molière, qui jouent Luigi et Margherita, sont tout aussi remarquables : leur personnages, occupés par la gestion difficile de leur quotidien, n'y sont pas rivés. Terriens et fantasques, à l'image de l'ingénieux décor imaginé par Pierre Heydorff, les acteurs oscillent entre le jeu du rêve et de la réalité. En 1974, le mouvement d'autorégulation des factures avaient finalement été contenue. En 2005, la révolte gronde à nouveau, sans but politique autre que la destruction des symboles de l'institutions. On ne peut que le regretter.

Faut pas payer !
de Dario Fo
Mis en scène par Jacques Nichet
Avec Dominique Parent, Marie-Christine Orry, Stéphane Facco, Pierre Baux, Malik Richeux, Agathe Molière, Laurent Guitton et Fabrice Dang Van Nhan.
Jusqu'au 18 décembre 2005
Au théâtre Nanterre-Amandiers
7, av. Pablo Picasso 92000 Nanterre
T : 01 46 14 70 00.

Julie de Faramond




- A lire sur Flu : la chronique de la pièce Antigone (mes Jacques Nichet, printemps 2004)
- A voir en ligne : "synopsis" et 'dans les coulisses", reportages entretiens vidéos avec les comédiens Dominique Parent et Marie-Christine Orry (Nanterre-Amandiers)
Plus d'infos sur la pièce Faut pas payer ! sur Théâtre-contemporain.net
- Le site du Théâtre Nanterre-Amandiers


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