Wallace et Gromit le mystère du lapin-garou

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La chasse aux délires

Quand le créateur de Wallace & Gromit, le génial Nick Park, se remet en selle avec son complice Peter Lord, le producteur-réalisateur de Chicken Run, et lance les deux compères dans de nouvelles aventures, rien ni personne ne saurait leur résister. Surtout quand un budget plus que conséquent fourni par DreamWorks autorise tous les excès.

En 1991, petits et grands découvrirent Une grande excursion. Gromit, le chien amateur de tricot, et Wallace, l'inventeur à l'insatiable gourmandise fromagère, s'y lançaient à l'assaut d'une lune devenue pour l'occasion une monumentale réserve de gruyère. Charmé par ces personnages en pâte à modeler et ébahi par tant de virtuosité, le public en redemanda. Nick Park, le créateur de cet univers très « british », s'attela à la tâche et, aidé de ses collaborateurs du studio anglais Aardman, fournit deux autres moyens-métrages de même qualité. On put apprécier successivement Un mauvais pantalon et Rasé de près, des films où les deux compères virevoltaient dans des péripéties dignes des meilleurs feuilletons. Le succès aidant et la pluie de récompenses tombant, l'équipe de Aardman se vit proposer par les Américains de DreamWorks de passer au long métrage. Ce qu'ils firent avec Chicken Run, une relecture de La Grande évasion version poulailler, sans Wallace & Gromit mais baignée de la même invention et d'une approche parodique toujours aussi fine. En 2003, ayant fleuré le gros filon, les financiers d'outre-Atlantique offrirent à Nick Park la possibilité de lancer ses deux créatures dans une aventure version longue et grand luxe. D'où ce Curse of the Wereabbit qui prouve avec brio que l'humour des origines ne s'est pas perdu dans la boursouflure ni la pression de l'attente.

Le plaisir naît ici à la fois de la reconnaissance et de la surprise. Retrouver cet univers tout en rondeurs, sorte d'Angleterre éternelle et décalée, produit une joie toute enfantine que l'on ne saurait négliger. Tout y est, des petites maisons en briques, bien alignées avec leurs jardins potagers en arrière-cour, à l'imposant manoir à verrière, entouré d'une immense forêt. Dans ce cadre très quotidien, l'insolite même devient normalité. Le moindre détail d'une rue ou d'un intérieur vient combler l'espace et par-là notre regard qui n'en peut mais. On voudrait arrêter chaque scène pour explorer à son aise la richesse du décor. Mais la profusion n'est là que pour se faire oublier. Elle participe de la dynamique de l'ensemble, de la vélocité de l'action. En d'autres termes, elle donne de la vie. Et c'est cette impression de vivacité, de luxuriance qui contente avant toute autre chose. Car la perfection technique, servie par un découpage très étudié, s'y transforme en poésie naïve.

Détournement grotesque des films d'épouvante
Comme à chacune des aventures de Wallace et Gromit, à cette attente du familier s'ajoute néanmoins la joie de l'inattendu. Celle-ci provient tout autant de l'invention visuelle - grâce à laquelle des lapins se mettent à voler dans les airs et une fête foraine sert de terrain à une extraordinaire poursuite entre chiens - que de l'intrigue, détournement burlesque et grotesque des films d'épouvante. Il suffit que Wallace, toujours aussi lunaire et maladroit, imagine une machine à modifier les esprits pour que Frankenstein et la légende du loup-garou se mêlent en une délirante histoire de lapin géant, créature affamée qui fait régner la terreur durant une respectable foire aux légumes. Les 80 minutes qui parviennent on ne sait comment à contenir tous ces trésors deviennent ainsi un festival ébouriffant. Dans cette profusion, l'humour de l'image et les jeux de mots se nourrissent mutuellement, n'hésitant pas par instant à glisser sur une grivoiserie bienvenue.

Quoique de registres divers, le rire produit par ce Mystère du lapin-garou est simple et franc. Modeste, il a surtout la politesse de faire oublier sa grande sophistication. Les esprits chagrins qui culpabiliseront de s'y être laissés prendre - on ne peut que succomber, de toute façon - chercheront peut-être la satire sous la farce. Ils souligneront l'ambiguïté de cette populace "made in Britain", soudain devenue agressive et sanguinaire après que le monstrueux lapin eut marché dans leurs plates-bandes. Même le révérend s'y met et appelle au meurtre. Mais tout cela relève plus de la convention, d'un jeu avec la fiction populaire anglaise, que de la réelle critique. Avec ces nouvelles péripéties de Wallace & Gromit, on se laisse porter par le rythme et, au fond, un certain émerveillement. L'inédit y renforce la familiarité, comme à la dégustation d'un plat déjà connu mais à la saveur toujours renouvelée. Ainsi repus, on se délecte et on en redemande.

Wallace & Gromit : Le Mystère du lapin-garou
Un film de Nick Park et Steve Box,
produit par Peter Lord
Etats-Unis/Royaume-Uni, 2003
Durée : 1h25
Avec les voix (en VO) de : Peter Sallis, Helena Bonham Carter, Ralph Fiennes, Peter Kay, Nicholas Smith, Liz Smith...
Sortie salles France : 12 octobre 2005

Manuel Merlet Le 13 October 2005

Sur le web : Sur Flu : - Chronique de Madagascar (DreamWorks, 2003) - Chronique de Shrek 2 (DreamWorks, 2004) - Chronique de Le Monde de Narnia, chapitre 1 (Andrew Adamson, 2005)

Sur le web : - Le site officiel du film - Un site en français sur Wallace & Gromit - Le site des studios Aardman - Une page en français sur les studios Aardman, avec des extraits de leurs films - Consultez salles et séances sur le site Allociné.fr



• Casting de Wallace et Gromit le mystère du lapin-garou

Réalisateur : Nick Park Steve Box
Avec : Peter Sallis , Ralph Fiennes , Helena Bonham Carter , Peter Kay , John Thomson , Nicholas Smith , Liz Smith , Mark Gatiss , Vincent Ebrahim , Geraldine McEwan


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