Attention, titre trompeur. Meurtre est au singulier, mais c'est à une séance de torture, deux balles dans la tête, un viol, un lynchage et une décapitation que le spectateur assiste. Le style truculent de Hanokh Levin au service d'un discours engagé : un véritable coup de poing dans la figure.


- Lire la chronique de Kroum l'Ectoplasme (Hanokh Levin / Clément Poirée, 2004)

Au début, un jeune homme déjà quasiment mort. Trois soldats continuent de le torturer. Son père arrive au moment où il meurt et immédiatement ensuite, le retour à la paix est annoncé. On retrouve ce père meurtri dans un deuxième tableau : quelques années plus tard, il abat deux jeunes mariés, pensant reconnaître en le mari l'un des trois soldats responsables de la mort de son fils. Victime devenue bourreau, il redeviendra victime dans un troisième tableau où les habitants d'un quartier résidentiel qui vient juste d'être la cible d'un attentat, se retournent contre lui, l'accusant d'être l'auteur de l'attaque, et le tuent.

De représailles en représailles
Ce cercle vicieux de la violence, vengeance qui entraîne la vengeance, cycle de représailles aveugles, Hanokh Levin le connaît bien : c'est celui du conflit israélo-palestinien. Auteur Israélien majeur, il a écrit cette pièce en 1997, au lendemain de l'assassinat de Ytzhak Rabin et alors que tout indiquait l'échec des accords d'Oslo.

La démonstration de Levin est extrêmement simple : la seule chose qui aurait pu mettre fin à cette spirale d'assassinats, ce seul et même meurtre répercuté à n'en plus finir, c'est l'aveu au père par les trois soldats du début, des derniers mots prononcés par son fils. En lui refusant cette paix de l'âme et en ne lui offrant qu'une paix artificielle, la paix « officielle », ils le poussent à la vengeance. Hanokh Levin débusque avec beaucoup d'adresse les sentiments les moins jolis de la pensée humaine. Il sait donc combien une paix sincère est difficile. Et pourtant il ne peut s'empêcher d'espérer et de clore par un repentir.

En Israël, Levin a dû passer par le succès de ses comédies pour faire accepter ses pièces plus ouvertement satiriques. Faisant suivre le même chemin en France à la notoriété de l'auteur, Clément Poirée a d'abord monté Kroum l'Ectoplasme, une pièce comique. Il s'attelle cette fois à l'un des textes politiques d'Hanokh Levin, Meurtre.

Poésie et exubérance
Levin montait lui-même ses pièces et son goût particulier pour le grand spectacle transparaît dans ses textes, pleins de personnages outranciers, de couleurs, de musique... Clément Poirée s'empare avec bonheur d'un matériau aussi riche. Sa mise en scène sait être réaliste quand Levin raconte le quotidien, acidulée dans les moments comiques, exubérante quand le texte s'enflamme et, quand l'horreur s'invite carrément, en appeler aux marionnettes. Un tel traitement permet au spectateur d'apprécier pleinement le texte de Levin et d'en déguster toute sa poésie caustique. Et surtout, de recevoir le message avec force. Prêt pour une grande claque dans la figure ?

Meurtre de Hanokh Levin
texte français Laurence Sendrowicz
mise en scène Clément Poirée
Au théâtre de la Tempête du 20 septembre au 23 octobre 2005
du mardi au samedi 21 heures, dimanche 17 heures.
Réservation 01 43 28 36 36

Catherine Richon




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