Au Théâtre de la Cité Internationale du 22 au 27 septembre 2005
On attendait Visitations en se posant deux questions. D'abord, Julia Cima est l'une de ces artistes qui mettent à distance la virtuosité au point de donner parfois l'impression de « ne pas bouger ». Pour Visitations, réinterprétant plusieurs soli de grandes figures de la danse au XXe siècle, se contenterait-elle de vidéos et de quelques gestes, ou se résoudrait-elle à danser ?
La fascination d'un corps multiple et l'adhésion de l'interprète
Julia Cima enchaîne neuf soli. Et l'on est immédiatement saisi par la multiplicité, non seulement des styles, mais des corps convoqués. De la danse effrayante de Valeska Gert à l'épuisement de Nijinski, de la technicité lancinante de Cunningham à l'étrangeté comique qui ressort de la projection d'un film de Lisa Duncan (1932), on assiste à une véritable métamorphose. Plus encore que la chorégraphie, c'est le corps de l'interprète qui s'impose et que l'on suit avec fascination, au sein de pièces qui n'ont pas été créées pour lui et dont il se saisit avec d'autant plus d'avidité.

Parallèlement, ce programme suscite une forme de gêne. La quasi-totalité des soli apparaît, par certains aspects, vieillotte, légèrement ridicule. Les tics et les procédés de chaque chorégraphe sont d'autant plus visibles qu'ils sont accolés à de tout autres écritures. L'ironie est sans doute inévitable dans une telle juxtaposition de techniques. C'est l'une des leçons de ces Visitations : l'esthétique d'un chorégraphe vaut par l'investissement des interprètes ; leur distanciation empêche également le spectateur d'adhérer à un style.
De nouvelles familles chorégraphiques se dessinent alors. Celles qui restent proches de nous, celles qui nous sont devenues étrangères ; celles qui nous font rire, celles qui nous choquent. Les œuvres qui « résistent » le mieux - en ce sens qu'elles nous saisissent sans que l'on sourie devant les codes d'une esthétique datée - semblent être celles qui réclament du corps l'investissement le plus total et le plus dégagé de l'idée de produire un effet : des danses que l'on ne peut imaginer travaillées devant un miroir, dans lesquelles la forme naît du débordement. C'est le cas notamment chez Valeska Gert : la « danse-coup de poing » est terriblement d'actualité.
Visitations - Julia Cima
Au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du Festival d'Automne
Du 22 au 27 septembre 2005
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