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Tout le monde - et tous les autres - devrait aller voir le premier film, très personnel, de Miranda July. Parce que ses couleurs pop équilibrent parfaitement son petit air underground, et qu'il ressemble à pas grand chose de ce qui s'est fait ces derniers temps au cinéma…
Avec Moi, toi, et tous les autres, Miranda July lance d'innombrables bouteilles à la mer. Des bouteilles avec des messages d'espoir, comme un happening ne résultant d'aucun naufrage. Des bouteilles scellées avec amour, comme autant de petits trésors renfermés par chacun des personnages. On pense brièvement à Happiness (Todd Solondz, 1997) ou à American Beauty (Sam Mendes, 1999) : comme eux, Moi, toi, et tous les autres est conçu comme un film choral dont les personnages et les intrigues se mêlent subtilement malgré leur apparente autonomie ; et comme Solondz ou Mendes, Miranda July plante son décor dans une morne banlieue pavillonnaire. Mais ici, point de noirceur, même lorsque s'affichent, littéralement, les fantasmes pédophiles de l'un des personnages. Les onze personnages du film interagissent sans heurts, sans secret inavouable, sans crime autre que la mort accidentelle d'un poisson rouge oublié sur le toit d'un break familial. Et si le sexe est omniprésent, il a la saveur interdite du rituel adolescent perpétré sur un air de Cody Chestnutt, ou la géniale simplicité d'un gamin de 6 ans qui s'égare sur Internet, et réinvente la poésie pornographique à coup de pictogrammes informatiques… Le jeune Brandon Ratcliff qui interprète Robby est purement et simplement bluffant, navigant paisiblement entre impassibilité de vieux sage dans la peau d'un enfant surdoué et humour scatologique de petit obsédé.
Miranda July livre une galerie de personnages branques (un père qui s'immole, une fillette qui se prépare un avenir de "desperate housewife", une jeune femme qui vit dans ses rêves…), et échappe sans mal à l'accumulation de short cuts trop formels. Si le trait se fait provisoirement cruel, c'est pour écorcher un milieu - celui de l'art - que la réalisatrice connaît bien. Miranda July a tâté de la vidéo-performance avant de passer à la réalisation : cette appartenance reconnue au monde de l'art contemporain se laisse déceler dans ce premier long métrage ; artiste espiègle passée maître dans l'art de l'auto-représentation décalée (voir le site de Miranda July et son irrésistible blog), Miranda July filme avec maîtrise, sincérité et nonchalance. Le scénario, finalisé en un mois d'atelier d'écriture à Sundance en 2003, s'est affranchi d'un univers d'abord trop personnel, sans se dépouiller d'une fraîcheur et d'une étrangeté tout à fait originales. Interrogée sur la dimension personnelle de son cinéma (lire l'entretien sur le site officiel du film), Miranda July s'étonne : « Ce sont toujours les scènes [très éloignées de moi] qui me giflent par la suite, quand je constate que j'avais un million de longueurs d'avance sur moi-même ». Entre soi et soi-même, le film se développe tranquillement, parfois désopilant, parfois mélancolique. Rebondissant de trouvaille en trouvaille, d'idée noire en folie douce, Moi, toi et tous les autres a collectionné les récompenses à Cannes (Caméra d'or, Grand prix de la Semaine internationale de la Critique) et à Sundance (Prix spécial du Jury), et donne enfin à voir son univers déconcertant et son irréfrénable joie de vivre.
Moi, toi et tous les autres (Me and You and Everyone We Know)
Un film de Miranda July
Etats-Unis, 2004
Durée : 1h30
Avec : Miranda July, John Hawkes, Miles Thompson, Brandon Ratcliff...
Musique : Michael Andrews
Sortie salles France : 21 septembre 2005
[Illustrations : Moi, toi et tous les autres. Photos © MK2 Diffusion]