Depuis son apparition en rue, puis sur les scènes de la danse et du théâtre, Ali Salmi se raconte. Marqué, à jamais, par l'histoire de ses parents, Algériens séparés par l'immigration, réunis au bout de dix années d'exil et d'éloignement, presque étrangers, comme devant se réapprendre. De cette saga intime, le chorégraphe a su tirer des œuvres universelles, car profondément ancrées dans la réalité des racines humaines.

On l'a découvert âpre, la danse comme le visage taillés à la serpe, engagé comme si sa vie - ou sa survie - en dépendait. Et les spectateurs de ce déballage intime d'une violence froide et contrôlée par la chorégraphie, en avaient pris plein l'estomac - c'était alors la guerre dans les Balkans. Avec sa « tête d'immigré », Ali Salmi pouvait parler de tous les exils, de toutes les souffrances, des déchirures infligées, et de leurs traces. Peu à peu, c'est vers ces dernières qu'il s'est tourné, mettant en œuvre la mémoire des hommes et des femmes, en un mot celle des générations - qu'il fait dialoguer. Son parcours a croisé celui de chorégraphes (Wim Vandekeybus, Noiret), mais son intérêt premier pour l'architecture et le design le pousse irrémédiablement vers l'espace urbain, envisagé comme un espace de rencontre.

Transit, sa dernière création, est une étape de ce cheminement. Dans les deux wagons d'un semi-remorque, une danse dialogue avec des images. Une histoire de migration d'Afghanistan vers l'Angleterre renvoie à d'autres références, historiques, personnelles. Aujourd'hui, Ali Salmi confie à l'image vidéo et au son - instruments et chant - une part de l'écriture, dans une nécessaire complicité et un enrichissement mutuel. Sa danse se fait polymorphe, masculine et féminine, comme si le modèle humain universel lui était intégré, comme si dans ce corps et dans son expression, relayée par les autres médias, une essence de la douleur se dessinait, épurée, sans frontière. Rien de démonstratif ici, mais une profonde conscience de l'universalité et de l'humain.

Transit
Danse performance d'Ali Salmi
Création 2005

- Prochaines représentations :
les 21, 22, 23,24 juillet 2005 à Chalon dans la Rue
le 1 au 6 août 2005 à La Chaux de Fonds (Suisse)
les 8 au 10 septembre 2005 à Ramonville

Floriane Gaber


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