Branlo et Nigloo sont des transfuges du Théâtre du Radeau, de la Baraque d'Igor, autant d'esthétiques cousines. Avec "Une case provisoire", c'est tous les éléments de décor, les bouts de culture foraine, les relents d'enfance et d'Epinal qui mijotent au fond du cylindre.

Le Petit théâtre baraque, Branlo et Nigloo, leurs rats, leur tonneau où logent à peine 32 spectateurs, deux comédiens et quelques mammifères… Des rescapés des années glorieuses, quand les parades du Cirque Aligre effrayaient les bourgeois du festival d'Avignon.

On vous aura prévenu : il n'y aura pas d'histoire, seulement des personnages et des images. Des toiles peintes sorties d'Ensor ou de baraques de foire, des têtes de géants dignes des Flandres, des oubliés des bals publics. Et aussi : un Monsieur Loyal, un clown blanc déguisé en Pinocchio qui - rare moment d'art brut- trace sur le sol le contour de sa propre silhouette en pissant… Et puis des rats, fil de féristes, acrobates bravant la mort, « toutes proportions gardées », à des dizaines de mètres de haut.

On connaît toute la poésie du couple mythique, Branlo et Nigloo les Magnifiques, les amoureux éternellement gamins et, à chacune de leurs créations, on se demande avec un peu d'anxiété : « Et la prochaine fois, sera-t-on déçu ? », tant semble bouclée la boucle, atteintes les limites de l'invention pure avec trois bouts de ficelle, un tronc d'arbre, un rideau et deux semblants de projecteur. Et à chaque fois, on s'y laisse prendre ! On entre à cœur perdu dans l'univers dont ils veulent bien nous entrouvrir la porte, et on en ressort rajeuni, lavé de toutes les références qu'on avait en entrant, prêt à redécouvrir les pavés, la barrière, la rue, ses fleurs, ses crottes de chien, avec le même émerveillement qu'ils ont su faire renaître en nous, en sortant de leurs malles des tours vieux comme le monde mais revisités et interprétés avec une honnêteté et un amour qui les font paraître neufs et réinventés à l'instant.

Moralité : quand la rue pionnière sait se souvenir de ses traditions, jamais elle ne vieillit ni ne se démode !

Une case provisoire
Le Petit Théâtre Baraque de Branlo et Nigloo
à La Villa Mais d'Ici - 77 rue des Cités - Aubervilliers
du jeudi 12 mai au samedi 4 juin 2005
durée 1h15 - en partenariat avec la BIAM

Floriane Gaber



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