Eunetstar, l'un des trois réseaux européens de festivals qui présentent des spectacles de rue, a mis en œuvre, au cours de l'été 2004, une enquête afin de mieux connaître ses publics. Plus de 8000 personnes ont été interrogées à Cognac, Gand et Namur, mais aussi aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Irlande et enfin à Ljubljana (Slovénie), Poznan (Pologne) et Sibiu (Roumanie). Où ça ? Entretien.

Fluctuat : Quels sont les principaux résultats qui ressortent de cette étude ?
FG : Dans leur majorité, les publics européens interrogés ont un fort niveau d'éducation, des pratiques culturelles supérieures à la moyenne, et beaucoup appartiennent aux catégories socio-professionnelles les plus élevées. Ils sont majoritairement jeunes (plus de la moitié ont moins de 35 ans), célibataires et présentent le profil-type des personnes maîtrisant leur temps et leurs loisirs, et profitant pleinement de l'offre culturelle qui leur est faite. La rue est un domaine relativement nouveau qui est intégré, au même titre que les autres sorties (théâtre, concert, expositions, cinéma), dans les habitudes de ces gros consommateurs de culture.
Cela dit, on trouve tous les niveaux d'étude et toutes les catégories socio-professionnelles parmi les personnes interrogées et, si les premiers constituent la majorité, on ne saurait considérer qu'ils représentent l'ensemble des spectateurs. Tout au plus peut-on dire que ce sont les plus cultivés qui savent le plus profiter des nouvelles offres. Mais il est très rassurant de voir que tous les publics se côtoient en rue, sans distinction.

Flu : Quelles implications une telle composition socio-démographique et culturelle peut-elle avoir ?
FG : Je trouve ces résultats plutôt rassurants, en termes d'exigence que peuvent avoir les artistes qui décident de se produire dans la rue. Sous prétexte qu'ils s'adressent au public « population », certains regardent leurs pratiques comme du « bas art » - pour citer Jacques Livchine, directeur du Théâtre de l'Unité. Or, on voit bien qu'en rue comme en théâtre, en musique ou en danse, on a affaire à un public exigeant, à plus d'un titre. D'abord parce qu'il a des références « classiques », à force de fréquenter les institutions culturelles traditionnelles (salles de spectacle, cinémas, musées), mais aussi parce que toute une partie du public européen interrogé connaît (très) bien les arts de la rue. On trouve une forte proportion d'aficionados, forts consommateurs culturels ou au contraire sans quasi culture de sorties, qui fréquentent les autres festivals de rue et voient des spectacles de ce genre au cours de l'année.
De plus, les publics se disent habitués du festival où ils sont interrogés, et en tout cas, ils sont pour la plupart fidèles, car ils reviennent plusieurs années de suite. On n'est pas là, majoritairement, face à des personnes « surprises » dans leur quotidien par le spectacle ; au contraire, il s'agit de connaisseurs, forcément exigeants.

Flu : N'est-ce pas le fait de mener cette enquête au sein de festivals qui induit, en quelque sorte, le profil du public ?
FG : Aujourd'hui, quelles sont les formes de spectacles de rue qui peuvent se permettre de jouer dans les villes sans autorisation ? Les plus légères, souvent les plus sommaires. Les festivals (et il y en a des centaines en Europe, de type et de taille différents) sont les endroits où se produisent la plupart du temps les compagnies. C'est donc à ces publics particuliers, forgés au fil des rencontres estivales (comme les publics de salle se forgent tout au long de l'année et des programmations) que sont confrontées les propositions esthétiques. Mais il est vrai que ce type de rassemblement peut influer sur la réception des spectacles, au point que quand les publics qui disent « adorer les spectacles de rue », déclarent apprécier particulièrement « l'ambiance de fête » et le fait qu'ils peuvent partir quand ils veulent, on peut se demander ce qu'ils adorent vraiment : l'atmosphère du festival lui-même ou ce qui y est présenté ? Les enquêtes qui seront menées l'an prochain en France, dans le cadre du Temps fort de la rue, devraient permettre d'en savoir un peu plus.

* Plus de 8000 personnes ont été interrogées à Coganc (France), Gand et Namur (Belgique), Terschelling (Pays-Bas), Stockton (Royaume-Uni), Galway (Irlande), Ljubljana (Slovénie), Poznan (Pologne) et Sibiu (Roumanie). L'étude a été placée sous la responsabilité de Floriane Gaber, sous l'égide scientifique de Jean-Michel Guy, ingénieur de recherche au DEP du ministère de la Culture et de la Communication.

Arnaud Jacob




- Résultats in extenso à lire bientôt sur www.eunetstar.org

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