Après 2004, année des Arts du Cirque, le ministre de la Culture et de la Communication donnait, en février à Marseille, le coup d'envoi de ce qu'il a souhaité appeler « Temps fort des arts de la rue », un plan de consolidation et de structuration du secteur à moyen terme. Panorama des « dix actions » phares aussitôt mis en place, et discutée.

Le 2 février dernier, le ministre de la Culture et de la Communication donnait, à Marseille, le coup d'envoi de ce qu'il a souhaité appeler « Temps fort des arts de la rue » pour ne pas limiter cette action à une seule année (comme cela avait été le cas pour les arts du cirque, même si les retombées diverses ont pris effet dans les mois, voire les années qui ont suivi). Pas de ça ici, mais un engagement d'implication et d'investissements à moyen terme. Au-delà des 2 millions de rallonge attribués cette année, en plus des 6,5 millions d'euros alloués chaque année au secteur, c'est toute une série de mesures de consolidation et de structuration qui sont mises en œuvre. Assez classique, somme toute, mais néanmoins sensé, car il s'agit là d'une reconnaissance du travail accompli par les équipes, artistiques ou de diffusion, depuis des années, voire des décennies, et non d'un essaimage « poudre aux yeux » plus spectaculaire sans doute, mais moins inscrit dans la durée. Certains remarquent déjà : « C'est largement au-dessous de ce dont la profession a réellement besoin pour se développer » ou « C'est toujours aux mêmes que vont les moyens ». D'autres, tout aussi pragmatiques, de répliquer : « C'est déjà ça, c'est le minimum vital, certes, mais cela (r)ouvre des perspectives alors que l'avenir de certains paraissait bouché ». Panorama des « dix actions pour le temps des arts de la rue ».

Les lieux, les équipes artistiques
La rue a toujours eu un visage particulier, différent des autres formes de spectacles vivants se produisant dans les lieux institutionnels. Ses équipes, qui choisissent « l'ailleurs » pour se produire, ont peu à peu intégré les mécanismes de connaissance et d'apprivoisement des pouvoirs publics, mais ont surtout et toujours compté sur elles-mêmes et sur la débrouille pour créer, survivre et se produire. De leur côté, les représentants de l'Etat et des collectivités ont appris à faire connaissance avec ces atypiques, à les aider, en fonction des besoins exprimés ou repérés.
La France aime les labels, aussi six « lieux de fabrication » se voient-ils aujourd'hui intitulés « Centres nationaux de production », avec les moyens qui vont de pair. Les heureux lauréats sont L'Atelier 231 à Sotteville-les-Rouen, Le Fourneau à Brest, L'Abattoir à Chalon-Sur-Saône, Le Parapluie à Aurillac, Les Pronomades en Haute-Garonne et L'Avant-Scène à Cognac. Auxquels il faut ajouter Lieux publics, le Centre national de création des arts de la rue dont le directeur actuel, Pierre Sauvageot, a su reprendre haut la main la destinée après le départ de son créateur historique.

Sept pôles, c'est assez peu ; aussi une trentaine de lieux animés par les équipes elles-mêmes seront aidés particulièrement. Déjà existants, en structuration ou en émergence, ces lieux sont les oasis de création des compagnies, de l'automne au printemps la plupart du temps, car l'été, elles tournent. Depuis longtemps, les artistes se sont construit ces niches, équipées du matériel nécessaire, parfois bricolé en fonction de telle ou telle technique ou invention dans le cadre d'une création. On a souvent qualifié les artistes de rue (et pas seulement les magiciens du si connu Royal de luxe) de « bidouilleurs de génie ». Une célèbre compagnie, Generik Vapeur, se donnait le sous-titre « Trafic d'acteurs et d'engins ». C'est presque conforter une esthétique que de donner le moyen de poursuivre les bricolages de création et de relative envergure, qui caractérisent le genre. Et c'est dans cet esprit que la Cité des arts de la rue, à Marseille, verra enfin le jour.

Ces dernières années, les compagnies avaient su s'engouffrer dans le dispositif « emploi-jeunes » et professionnaliser leur administration, leur diffusion et leur communication grâce à ces professionnels frais émoulus. La disparition de ce type d'aide risquait de mettre grandement en péril le secteur, comme l'avait souligné une enquête menée par Hors les Murs. C'est donc par des aides pour l'emploi que se marquera ce Temps fort, ainsi que par des aides à l'écriture sous forme de commandes publiques. Frédéric Michelet, directeur artistique de la compagnie CIA, vient d'ailleurs d'être nommé à la SACD, en charge du secteur de la rue, de même que son homologue, Philippe Goudart, est responsable du secteur arts de la piste. Enfin, c'est en soutenant l'émergence de jeunes compagnies et surtout d'expressions nouvelles que le ministère entend préserver la vivacité du genre, en proie aux pressions du marché qui n'incite pas toujours particulièrement à l'audace et au renouvellement.

La diffusion, la formation
Cela fait des années que la rue rêve de sortir du cycle saisonnier des festivals et des événements estivaux ; des années que des opérations séductions, plus ou moins réussies, sont tentées auprès des structures culturelles en vue d'une programmation en cours d'année. Cela a fonctionné pour les arts de la piste, l'enjeu est que cela marche aussi pour la rue, partout sur le territoire, et tout au long du calendrier.

L'étranger est également depuis toujours une manne non négligeable pour la rue, assez aisée à exporter, car le langage n'y est pas le vecteur essentiel de communication. L'AFAA (Association française d'action artistique, en charge de la diffusion culturelle à l'étranger : www.afaa.asso.fr ndlr) y participe, à sa manière, et devra être particulièrement attentive aux projets qui lui seront soumis, à l'heure où l'Europe se met en réseaux puisque pas moins de trois structures existent déjà : Eunetstar, In Situ et Circostrada. .
Enfin, non moins importante même si elle semble à certains sinon problématique, du moins poser question dans son essence même, la formation est à l'ordre du jour et la FAIAR (Formation avancée et itinérante des arts de la rue : www.faiar.org), sous la direction de Dominique Trichet, vient d'accueillir sa première promotion.

Le dernier point du Temps fort concerne la connaissance des arts de la rue, qui sera approfondie au travers de deux études : l'une sur les publics, l'autre sur les esthétiques. Pas idiot de se demander, au fond, après tant d'années, qui les arts de la rue touchent et concernent, et à quel titre, par quels ressorts artistiques. A suivre …

Floriane Gaber




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- Pour plus d'information, consulter la rubrique Actualités du portail culture.gouv.fr

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