Madagascar de Eric Darnell

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Ailleurs l'herbe est moins verte

Avec le premier Shrek, Madagascar est à ce jour le film d'animation le plus réussi du studio DreamWorks. Son humour ne dédaigne pas à s'aventurer dans l'absurde et ses dialogues font souvent mouche. Malheureusement, cela n'empêche pas la fable de s'embourber dans une morale très discutable.

Madagascar est le premier film d'animation de l'après-11-septembre. Vendue comme une nouvelle comédie en images de synthèse, cette fable aux atours a priori légers s'inscrit pleinement dans l'actualité américaine. L'amour pour New York, le rapport à l'étranger chez soi et hors des frontières, la soumission volontaire à l'enfermement et aux illusions « nécessaires » : les thèmes passent, l'air de rien mais n'en faisant pas moins référence aux questions qui tarabustent actuellement les enfants de l'Oncle Sam.

L'humour est au rendez-vous. Co-écrits par un des scénaristes de l'excellent Chicken Run, les dialogues s'enchaînent, plutôt réussis dans la veine réaliste, et encore une fois on ne saurait trop recommander la version originale. Grâce à un scénario malin, une bonne utilisation de la musique et une animation anguleuse et colorée (un bémol cependant pour les visages et corps humains, inexpressifs et bâclés), Madagascar n'a en fait aucun mal à sortir du lot calamiteux jusqu'alors pondu par DreamWorks (Sinbad, Spirit...). On pourrait donc en rester là et applaudir mollement le résultat sans trop se poser de questions. Il n'empêche. Le sous-texte - car il y en a un - intrigue.

Si le zoo de New York est pour le zèbre Marty et ses trois amis - Alex le lion vaniteux, Gloria l'hippopotame indolente et Melman la girafe hypocondriaque - le lieu de la captivité dorée, où l'on ne pense qu'à parader, manger et s'amuser, il est aussi l'espace qui permet une cohabitation apaisée n'allant pas de soi. Mais dès lors que, à la suite d'une évasion rocambolesque et d'absurdes péripéties, leurs pas foulent le sol africain, la passion revient. L'appel de la forêt se fait alors sentir chez le descendant des rois de la jungle et les instincts enfouis remontent à la surface. A cette opposition on ne peut plus conventionnelle s'ajoute une représentation très discutable des habitants du continent dit noir. Les autochtones qui les accueillent, des lémuriens profondément imbéciles - ce qui nous vaut quelques moments savoureux de « non sens » -, se soumettent de leur propre volonté à la dictature d'un monarque de pacotille. Cette acceptation semble congénitale, comme inscrite dans leur nature. Elle n'est pas discutée et sert à enfoncer le clou : loin du New York civilisé règnent la loi du plus fort et le sommeil de la raison.

Après l'épreuve du contact de l'étranger, le besoin d'un ordre plus rassurant se fait sentir. Retour à New York donc, et vive le confort d'une vie douillette et sans interrogations, fût-ce au prix de barrières et d'interdictions finalement acceptables. L'au-delà des mers et des frontières étant source d'inquiétudes et de dangers, pourquoi s'y rendre ? Mieux vaut rester entre soi. Finalement, ce film d'animation n'est pas sans rappeler Le Village de M. Night Shyamalan. On retrouve la peinture d'une communauté régie par des règles (le zoo, ici symbole des Etats-Unis) qui choisit de vivre isolée, loin des réalités du monde extérieur (l'Afrique), synonymes de violences et de chaos. L'enfermement volontaire y est montré comme une source de bénéfices. Mais quand Shyamalan interrogeait ce choix plus que discutable, Madagascar présente sous un vernis d'humour efficace un discours convenu et à fort relents racistes. A moins que ne s'y dissimule une satire au deuxième degré. Mais si c'est le cas, elle est vraiment bien cachée.

Madagascar
Un film de Eric Darnell et Tom McGrath
Etats Unis, 2003
Durée : 1h26
Scénario Mark Burton et Billy Frolick
Avec les voix de : en VO : Ben Stiller, Chris rock, David Schwimmer, Jada Pinkett Smith ; et en VF : José Garcia, Anthony Kavanagh, Jean-Paul Rouve, Marina Foïs. Sortie salles France : 22 juin 2005

Manuel Merlet Le 22 June 2005

Sur le web : Sur Flu : - Chronique de Wallace et Gromit (DreamWorks, 2003) - Chronique de Shrek 2 (DreamWorks, 2004) - Chronique de Le Monde de Narnia, chapitre 1 (Andrew Adamson, 2005) - Tag : animation sur Ecrans le blog ciné

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