Ces ouvrages sont des denrées rares en librairie. Ils seront exposés à la Halle Saint-Pierre du 11 au 24 mai.


Lire l'intro du dossier "Edition : chemins de traverse"
Lire l'entretien avec Gaël Rougy, éditeur et membre du collectif les Editeurs associés
Lire le portrait d'Alain Beaulet, éditeur indépendant

L'arracheur d'heures
Saint-Pol-Roux, version dessinée de Michel Barréteau, éditions Passages piéton, 9 €
Interprétation graphique d'un poème en prose du symboliste Saint-Pol-Roux (1861-1940), L'arracheur d'heures invente un langage visuel qui marie planches anatomiques, pièces d'horlogerie, éléments graphiques contemporains et dessins dits « d'époque ». Cette co-existence des styles ravive les teintes surannées du texte et lui donne une nouvelle vie. Le poème est entièrement intégré au graphisme, une manière de contester le rapport de subordination traditionnel de l'image au texte.

Camions
Helge Reumann, éditions Drozophile, 20 €
Camions est une œuvre d'utilité publique : neuf magnifiques tableaux en sérigraphie pour une critique sociale virulente, le tout pour 20 euros. Au début, on ne se doute de rien. Les couleurs vives, la rondeur du trait, la cohabitation d'une multiplicité de personnages et de situations, laisseraient presque croire qu'il s'agit d'un album pour enfants. Le dessin se révèle corrosif au fil des pages qu'il faut tourner plusieurs fois dans un sens puis dans l'autre pour saisir les différentes trames narratives entremêlées. La sérigraphie, technique d'impression « noble » par excellence, est désacralisée par la sobriété de la conception, soit 24 pages simplement agrafées, sans rabats ni fioritures. Attention : tirage à 750 exemplaires seulement.

L'être effervescent
Benoît Perroud, éditions les Oiseaux de passage, 13 €
Le livre illustré pour adultes est un genre complexe qui fait fuir beaucoup d'éditeurs. Le lecteur, privé des repères du langage, doit plonger dans le dessin à partir d'un point focal et promener son regard, d'abord tâtonnant, pour décrypter l'image et en reconstruire le sens. Ici, les images rondes et enfantines décrivent avec une grande délicatesse des situations de violence urbaine intolérables. Benoît Perroud, qui destinait son projet à un public jeunesse, a retravaillé la trame avec Gaël Rougy, son éditeur, en direction d'un public adulte : "Il s'est permis des images qui le choquaient lui-même et s'est aperçu qu'il s'était automatiquement censuré en travaillant sur un projet de livre pour enfants. Ça l'a amené à raconter graphiquement le film qu'il se faisait dans sa tête", dit Gael Rougy. De l'intérêt de déboulonner les « créneaux ».

Sindbad le marin, deuxième voyage
Gaël Rougy, éditions Les Oiseaux de passage, 10 €
Du Sindbad des 1001 nuits, on retient l'image d'une sorte de Tintin aventurier, animé par la quête du bien et du bonheur des petits enfants. Car ses aventures nous sont parvenues par le biais de la traduction de Galland, qui oeuvrait pour la Cour de France et a copieusement mutilé le texte en conséquence. Gaël Rougy a mis huit ans et quatorze versions pour publier ce Second voyage, « retraduction » dessinée de la légende qui met en lumière les autres facettes de Sindbad, soit un jeune ambitieux mu par l'envie de faire fortune. Par souci de cohérence entre l'objet et son propos, il a adopté un format panoramique évocateur du voyage, de la mer, et réalisé comme pour tous ses ouvrages une couverture en sérigraphie.

Tu parles d'une vie !
Camille Jourdy, coédition Drozophile et Quiquandquoi, 22 €
Comme tous deux voulaient le publier, Drozophile et Quiquandquoi se sont mis d'accord pour coéditer le premier ouvrage de Camille Jourdy. Des personnages s'échappent de leurs cases de bande dessinée comme ils fuient leur quotidien trop banal pour vivre leur « vraie vie » en romans ou en rêves… Tu parles d'une vie ! est une sorte de fable sur la fonction vitale de l'imaginaire. Ce qui est étonnant, chez une auteure si jeune, c'est la maîtrise conjointe du dessin, de la composition, de la narration et des personnages. Elle expérimente des cadrages, des mises en pages audacieuses qui utilisent les blancs comme des respirations parfois aussi « parlantes » que le trait. Le résultat est d'une sensibilité magnifique.

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Des éditeurs font le printemps
Du 11 au 24 mai
Halle Saint-Pierre - 2 rue Ronsard, 75018 Paris
Tous les jours de 10 h à 18 h

Julia Deck

|   Entretien avec Gaël Rougy, éditeur >>>



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