Editeur (Les Oiseaux de Passage) et membre du collectif les Editeurs associés
Depuis deux ans, le salon de la Halle Saint-Pierre est organisé par les Editeurs associés, collectif de cinq éditeurs indépendants. Gaël Rougy, responsable des éditions Les Oiseaux de Passage et secrétaire de l'association, revient sur les moyens de permettre la rencontre entre les petits éditeurs et le public.
Fluctuat.net : Comment sont nés les Editeurs associés ?
Gaël Rougy : A l'origine, ce sont cinq éditeurs qui se rencontrent régulièrement sur des salons où chacun, par manque de moyens, est cantonné à sa case de 1m2. Cela donnait une image assez triste de la petite édition alors que l'offre est au moins au même niveau que ce qu'on trouve chez tous les libraires. La première action, ça a été de nous réunir avec tous les petits éditeurs en 2003 pour négocier un stand collectif au salon de Montreuil en démontrant qu'à nous tous, nous étions plus grands que le plus grand de tous les éditeurs présents. L'année suivante, le Japon étant à l'honneur, nous avons fait venir des éditeurs japonais. Ça a été un grand succès. Depuis, l'éditeur Skyfish Graphix nous diffuse au Japon et nous allons être présents au salon de Tokyo pour la première fois cette année ! Les Editeurs associés, c'est une façon de mutualiser les moyens pour gagner en efficacité dans les salons, dans la diffusion / distribution.
Comment choisissez-vous les éditeurs que vous présentez à la Halle Saint-Pierre ?
Nous faisons une édition plutôt littéraire en mai et une édition plutôt jeunesse en décembre. Les éditeurs sont choisis sur leur catalogue, au fil des rencontres, sur proposition d'un des associés, la confiance étant essentielle entre nous. Il n'y a pas de réelle ligne éditoriale, même si tous les Editeurs associés travaillent sur l'image. Ce qui nous rassemble, c'est une attention au contenu, à la fabrication. L'idée, ce n'est pas de présenter que les livres qu'on aime, mais de défendre une réelle diversité et des maisons d'édition qui ont un véritable propos.
Quelles sont les autres activités des Editeurs associés pour promouvoir la petite édition ?
Le collectif nous permet de négocier des tarifs sur les salons et d'avoir un stand suffisamment grand pour inviter d'autres éditeurs. Nous pouvons ainsi être présents au Salon du livre de Paris, à Bologne, à Francfort. Une fois par trimestre, les Editeurs associés organisent les « Petites journées des éditeurs » à la bibliothèque Buffon à Paris, où des éditeurs viennent présenter leur travail autour d'un thème donné. L'année dernière, le collectif nous a permis de trouver un distributeur, qui ne nous aurait pas pris si nous avions été le voir séparément. Et nous allons bientôt ouvrir une galerie pour des expositions ponctuelles, comme la « Bibliothèque idéale de Michel Butel » ou les 10 ans de la maison d'édition Esperluète.
Le public de la petite édition est-il spécifique ?
Non, sauf peut-être pour des titres très pointus. En revanche, c'est un public fidèle. Lorsqu'il a découvert un éditeur, il suit les parutions, attend avec impatience les nouveautés. Il faut dire qu'il y a une ligne graphique très forte chez chacun des Editeurs associés.
A quelles difficultés sont confrontés les petits éditeurs ?
La difficulté, c'est d'être diffusé, d'avoir une visibilité en librairie, et de se faire payer ! Pour les libraires, l'offre des petits éditeurs est très hétéroclite, difficile à classer. Comme ces éditeurs ne sont pas confrontés aux mêmes blocages que la « grande » édition, qui s'autocensure systématiquement pour vendre ses droits à l'étranger ou ne pas se fâcher avec Untel, leur production est beaucoup plus diverse et parfois perçue comme « bordélique ».
Le second problème, c'est l'accès aux réseaux d'information. Le petit éditeur contracte un réel engagement avec un auteur, il porte son livre pendant des années, contrairement aux grandes maisons qui pilonnent le livre quand il ne se vend pas tout de suite. Pour un petit éditeur, il est quasiment impossible d'accéder à la presse ou à la télévision et il est très difficile d'intéresser un journaliste, même spécialisé, après le placement initial en librairie. Du coup, on privilégie la communication par Internet, le travail en direct avec les libraires, les salons, le bouche-à-oreille. Les petits éditeurs sont aujourd'hui obligés de fonctionner en réseau. On ne peut pas s'en sortir seul.
Etre petit éditeur, est-ce une forme d'engagement politique ?
Il existe des associations très militantes comme L'autre livre. Chez les Editeurs associés, nous voulons d'abord défendre une production et présenter des livres. Le propos passe toujours par le biais d'un auteur. Mais c'est vrai que l'éditeur a un véritable rôle de médiation et qu'il porte toute la responsabilité financière et juridique des ouvrages qu'il publie. D'ailleurs, il y a quelque chose qui me dérange dans l'appellation « petit éditeur ». Je préfère « petite structure éditoriale ». C'est la structure qui est petite, pas le projet !
Les Editeurs associés
Les oiseaux de passage
Esperluète
Passages piéton
Points de suspension
Quiquandquoi
- Retour à l'intro du dossier "Edition : chemins de traverse"
Des éditeurs font le printemps
Du 11 au 24 mai
Halle Saint-Pierre - 2 rue Ronsard, 75018 Paris
Tous les jours de 10 h à 18 h
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